Technologie et Innovation

L’équation juste pour l’Afrique


Comment l’Institut africain des sciences mathématiques contribue à façonner l’avenir du continent


Par Niki Wilson, le 15 mars 2016

Des étudiants devant l’édifice de l’Institut africain des sciences mathématiques au Cap en Afrique du Sud. L’Institut est un réseau panafricain de centres d’excellence qui offre des programmes d’enseignement postsecondaire, de recherche et de vulgarisation en mathématiques. Il possède des antennes au Sénégal, en Tanzanie, au Cameroun et au Ghana. (Photo : AIMS/Yasmin Hankel)

Quand, en 2004, la jeune enseignante de biologie zimbabwéenne Tendai Mugwawa s’est inscrite à l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS) au Cap, en Afrique du Sud, elle ne se doutait pas que cela changerait radicalement le cours de sa carrière. Après dix mois d’études ferventes, sa passion pour les mathématiques et son amour de la biologie se sont combinés pour allumer en elle le désir d’éradiquer les maladies qui ravageaient son pays. Elle poursuivit ses études jusqu’à l’obtention d’un Ph. D. en immunologie théorique et finit par travailler pour le ministère britannique de la Santé publique, où elle élabore actuellement des modèles mathématiques servant à comprendre et à juguler les poussées de tuberculose.  

C’est un travail important, mais aussi un tremplin. «  Mon ambition est de faire partie de l’équipe qui met au point les politiques pour maîtriser la maladie, explique-t-elle. Par exemple, dans des situations comme l’éclosion d’Ebola en Afrique du Nord. » Comme de nombreux diplômés de l’AIMS, Tendai Mugwawa aimerait un jour mettre ses connaissances au service de l’Afrique. Elle prend déjà des congés du ministère britannique pour enseigner à titre de chargé de cours à temps partiel à l’antenne camerounaise de l’Institut dans la capitale, Yaoundé.

L’AIMS est la réalisation de Neil Turok, physicien primé et directeur de l’Institut Périmètre de physique théorique à Waterloo, en Ontario. Ce scientifique a grandi en Afrique du Sud jusqu’à ce que sa famille en soit expulsée pour s’être opposée publiquement à l’apartheid en 1966. Au milieu des années 1970, Neil Turok alors âgé de 17 ans retourne en Afrique pour devenir enseignant bénévole au Lesotho. Son expérience avec des jeunes élèves brillants le convainc de créer un endroit où les Africains pourraient cultiver leurs talents pour résoudre leurs problèmes.

Ce qui a débuté par un institut unique en Afrique du Sud en 2003 a donné naissance à quatre établissements de plus dans le continent : en Tanzanie, au Cameroun, au Ghana et au Sénégal. Cette expansion s’inscrit dans un programme central que l’AIMS a lancé en 2008 : l’initiative Next Einstein. Le but est d’ouvrir 15 antennes de plus dans toute l’Afrique d’ici 2023. Grâce à ce programme, l’AIMS poursuit une vision, celle de voir « émerger des personnes dotées de rares capacités — les Einstein de l’Afrique — et des auteurs de percées novatrices qui transformeront l’avenir du continent ».  

Par l’intermédiaire du Centre de recherches pour le développement international, le Canada figure parmi les nombreux gouvernements qui soutiennent cette expansion. L’AIMS bénéficie également du soutien d’universités comme celles de Cambridge et d’Oxford et d’« ambassadeurs » du milieu universitaire tel Stephen Hawking.

Avec ses nouveaux établissements, la liste des diplômés ne cesse de croître dans des domaines aussi différents que la lutte contre la maladie et l’économique. Jusqu’à présent, 960 étudiants de 42 pays africains ont obtenu leurs diplômes — parmi lesquels 31 % de femmes. Ces étudiants ont profité de l’enseignement de professeurs de renom international comme Jeff Orchard, un informaticien de l’Université de Waterloo.

Ce scientifique s’est intéressé au fonctionnement cérébral et particulièrement aux mécanismes qui régissent l’organisation du cerveau et le déplacement de l’information en son sein. Ses études se situent au niveau des neurones et il a élaboré des programmes informatiques capables de simuler l’activité neuronale. En 2012 et 2014, il a offert un cours à l’Institut d’Afrique du Sud sur les mathématiques et l’informatique qui sous-tendent ces programmes.

Jeff Orchard explique que la plupart des étudiants arrivent à l’Institut avec un bagage en mathématique et que les professeurs invités, comme lui, interviennent pour développer leurs connaissances dans plusieurs disciplines. « Lors de mon dernier séjour, une équipe de scientifiques d’Autriche et des États-Unis partaient comme j’arrivais. Ils avaient donné un cours sur l’assurance », dit-il.

Tous les sujets, aussi vastes soient-ils, sont tous liés à l’application de compétences en mathématiques. « Les mathématiques sont le langage universel de la science, explique Jeff Orchard. Avec un diplôme dans cette discipline, on obtient un penseur minutieux capable d’abstraction. Il peut s’attaquer à une question, la situer dans un contexte plus vaste et résoudre le problème plus large. »

Pour ce professeur, l’Institut a un rôle qui dépasse largement l’aspect universitaire. L’esprit de corps qui s’est développé en mangeant et en vivant avec les autres étudiants et professeurs a été un des points marquants de son séjour là-bas.

Tendai Mugawa croit que son expérience à l’Institut a changé sa façon de voir les sciences : « Avant, je considérais les mathématiques comme un ensemble de problèmes qu’il me fallait résoudre. Mais aujourd’hui, ils sont devenus un ensemble d’outils que j’utilise pour résoudre d’autres problèmes de la vie. »

Pour les enseignants : téléchargez le cahier d’exercices qui complète l’article
Faites connaître à vos élèves l’extraordinaire travail du Centre de recherches pour le développement international dans le monde. Chaque livret contient un exemplaire du blogue et diverses activités qui permettront à vos élèves de mieux saisir le rôle crucial que joue le Canada dans les pays en développement.

Cliquez ici pour télécharger le cahier d'exercices


Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

Depuis 1970, le Centre de recherches pour le développement international joue un rôle de premier plan dans le programme d’aide du Canada en investissant dans le savoir, l’innovation et les solutions propres à améliorer les vies et les moyens de subsistance dans le monde en développement. Plus à crdi.ca