Agriculture et environnement

Améliorer la sécurité alimentaire en Afrique, une femme à la fois


Jemimah Njuki, spécialiste de la sécurité alimentaire, explique pourquoi les femmes sont en passe de jouer un rôle de premier plan dans le secteur agricole en Afrique.


Affiché par Niki Wilson le 8 mars 2018

Jemimah Njuki, spécialiste de la sécurité alimentaire au CRDI, croit qu’une plus grande participation des Africaines à la recherche sur la sécurité alimentaire et l’agriculture peut bénéficier à tout le continent

Demandez à Jemimah Njuki comment régler certains des problèmes les plus sérieux en matière de sécurité alimentaire en Afrique, et elle vous répondra que la clé de la solution, ce sont les femmes.

« Les femmes portent une bonne partie du fardeau de la production », explique Mme Njuki, spécialiste de programme principale au CRDI, qui supervise un portefeuille de projets sur la sécurité alimentaire, l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes en agriculture. « Elles ont pourtant à surmonter des obstacles considérables pour réussir à s’imposer, que ce soit dans un rôle de direction ou aux différentes étapes de la chaîne de production alimentaire. Nous devons changer notre façon d’envisager le système alimentaire mondial dans son ensemble, de manière que les femmes y occupent une place plus centrale et en bénéficient autant que les hommes. »

Mme Njuki préconise que davantage de recherches soient menées par des femmes et décrit des solutions originales aux graves problèmes que constituent la charge de travail et les normes sexospécifiques néfastes.

Importance de la participation des femmes aux recherches sur la sécurité alimentaire
Voici ce qui risque d’arriver lorsque les femmes n’ont pas voix au chapitre pour déterminer quels problèmes de sécurité alimentaire feront l’objet de recherches. On peut aisément, par exemple, favoriser des cultures qui rapportent beaucoup sur les marchés extérieurs. C’est le cas au Malawi, où l’on fait pousser du tabac en quantité et où la majeure partie des profits vont aux hommes. Les femmes exercent toutefois une influence nettement plus grande quand il s’agit d’une culture comme celle des haricots, l’une des principales pour les marchés locaux, l’alimentation des ménages et la sécurité nutritionnelle. Les chercheuses sont plus susceptibles de comprendre cette différence parce qu’elle relève de leur expérience vécue. Elles seront donc enclines à accorder plus d’attention aux cultures qui contribuent à l’autonomisation des femmes et à l’accroissement de leurs revenus.

Alléger le fardeau du travail non rémunéré
En Afrique subsaharienne, les femmes passent environ 40 milliards d’heures par année à ramasser du bois de chauffage pour la cuisson des aliments. Elles pourraient consacrer ce temps à un emploi lucratif, à des cours ou à des activités de loisir, qui sont importantes pour la santé, ou l’utiliser pour améliorer leur sort d’une autre façon, selon ce qui leur convient. Dans une large mesure, ce travail non rémunéré les prive de faire des choix.

L’un des projets financés par le CRDI afin d’alléger ce fardeau consiste à mettre au point des haricots précuits. Il faut beaucoup d’eau et de bois de chauffage pour cuire les haricots; l’opération demande à peu près trois heures. Les nouveaux haricots, à la sortie de l’usine, sont presque prêts à manger. Ils sont offerts sous forme sèche, et les femmes peuvent les servir en 10 à 15 minutes.

Une femme tient des haricots dans un marché de Homabay, au Kenya. Les haricots peuvent exiger un long temps de préparation, mais des milliers de femmes, au Kenya et en Ouganda, pourraient bientôt consacrer moins d’heures à la cuisine, grâce à des recherches financées par le CRDI visant la mise au point de produits à base de haricots précuits. (Photo : CRDI/Nichole Sobecki)

Outre qu’elles gagnent du temps, les femmes peuvent maintenant vendre leurs haricots à l’usine. La création de ce marché a nécessité pas mal de travail. Les femmes devaient avoir accès à de nouvelles variétés de haricots, et obtenir du crédit pour acheter les semences. Elles devaient s’organiser de manière que leur production soit suffisante pour répondre aux besoins du marché. Nous avons établi un partenariat avec la Community Enterprises Development Organisation, en Ouganda, qui a aidé 25 000 agriculteurs, dont 52 pour 100 de femmes, à produire la quantité voulue de haricots pour fournir l’usine. Les femmes ont augmenté leurs revenus de plus de 30 pour 100.

Changer les normes sexospécifiques
Dans beaucoup de pays et de cultures, il existe des normes sexospécifiques bien ancrées qui régissent la répartition de la nourriture. Dans certaines sociétés, les femmes mangent en dernier ou ne sont pas autorisées à consommer tel ou tel aliment.
Il y a aussi des normes qui confinent les femmes dans des rôles particuliers en matière de production et d’attribution de la nourriture, ce qui peut les désavantager. Au Malawi et en Zambie, par exemple, on observe une séparation très claire des rôles dans le secteur des pêches. Les hommes vont à la pêche, et les femmes leur achètent le poisson pour le transformer et en faire le commerce. Mais cela crée un déséquilibre des rapports de force; il arrive que des hommes veuillent être payés en faveurs sexuelles.

Afin d’aborder ce problème de déséquilibre avec les hommes, le CRDI a collaboré avec une entreprise qui a recours à des techniques d’art dramatique pour modifier les normes et les comportements. Par suite, nous avons vu changer les attitudes des hommes, et le coût d’achat a baissé.

Les hommes se rendent compte que lorsqu’ils travaillent avec les femmes sur un pied d’égalité, autrement dit lorsque les femmes participent à la prise de décisions, les ménages améliorent leur situation et investissent de manière plus judicieuse dans l’alimentation et l’éducation.

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

Depuis 1970, le Centre de recherches pour le développement international joue un rôle de premier plan dans le programme d’aide du Canada en investissant dans le savoir, l’innovation et les solutions propres à améliorer les vies et les moyens de subsistance dans le monde en développement. Plus à crdi.ca