Économies inclusives

L’Amérique du Sud s’écologise, entreprise par entreprise


Comment les petites et moyennes entreprises sur le continent commencent à jouer un rôle accru dans la durabilité de l’environnement


Par Alanna Mitchell, le 21 juin 2016

Un employé d’une imprimerie péruvienne transporte une pile de papier sur sa tête. En recyclant et en utilisant de nouvelles techniques d’impression, cet atelier espère réduire son empreinte écologique. C’est précisément ce que d’autres petites et moyennes entreprises dans toute l’Amérique du Sud apprennent à faire en vue de jouer un rôle accru dans la durabilité de leur environnement. (Photo : Avec l’aimable permission de CENIT)

Comment la production industrielle du monde peut-elle devenir « verte » ? Ces dernières années, on s’est surtout préoccupé de savoir si les multinationales multimilliardaires bien connues faisaient des efforts en ce sens, mais des économistes d’Amérique latine ont commencé à s’intéresser aux plus petits chaînons de la production.

La logique est implacable. Les industries non multinationales sont peut-être petites, mais elles ont des effets cumulatifs énormes à la fois sur l’emploi et sur la pollution, estime Ben Petrazzini, spécialiste principal de programme au bureau régional de l’Amérique latine et des Caraïbes du Centre de recherches pour le développement international (Canada) à Montevideo, en Uruguay. « Ces questions sont d’une importance capitale pour l’avenir de l’environnement et les changements climatiques, explique-t-il. Et nous nous sommes peu souciés des petites et moyennes entreprises. »

Comme les pays d’Amérique latine connaissent un essor soutenu, les pays les plus développés commencent à exercer des pressions pour que cette croissance se fasse dans le respect de l’environnement quelle que soit la taille des entreprises. Cela se fonde sur une idée née dans le sillage de l’effondrement économique de 2008 : la croissance « verte » peut créer des emplois, soulager la pauvreté et réduire les inégalités sociales.

Mais il y a un hic. Les grandes entreprises disposent le plus souvent des fonds nécessaires pour financer les stratégies écologiques, mais les entreprises de moindre taille n’ont en général pas assez de liquidités pour ce type d’investissement. De plus, les politiques gouvernementales ont jusqu’à présent ciblé les grandes entreprises, laissant les plus petites à leur propre sort, sans beaucoup d’explications sur les mesures à prendre et leur importance.

Cela crée problème. Pire, comme Ben Petrazzini et ses collègues du CRDI l’ont découvert, il n’existe pratiquement pas de données sur les petites entreprises et leurs efforts  en matière d’environnement.

Cette situation a incité le CRDI à financer deux études totalisant 1,39 million de dollars pour obtenir les données de base des pays de la région, dont l’Argentine. Les deux études se sont terminées en 2015.

Économiste et chercheure principale à la fondation sans but lucratif Centro de investigaciones para la transformación à Buenos Aires, Daniela Ramos a supervisé une étude de deux ans concernant les effets sur la compétitivité et l’emploi de l’écologisation d’une vingtaine de fabriques d’aliments, de boissons, de textile et de machinerie. Elle indique que son équipe avait accepté de ne pas divulguer le nom des entreprises, car ces dernières craignaient que les informations ne soient d’une façon ou d’une autre utilisées contre elles. C’est un obstacle fréquent à la recherche en Argentine.

Un des premiers résultats est le peu de connaissance qu’ont les petites entreprises sur l’écologisation de leur fonctionnement, soit en réduisant la quantité de déchets industriels laissés sur terre ou dans les eaux ou en économisant les combustibles fossiles. On ne savait quelles technologies utiliser ou comment les appliquer. « Nous avons découvert que certaines entreprises qui avaient l’intention d’adopter des méthodes plus écologiques ne le pouvaient pas, explique Daniela Ramos. Elles n’étaient pas très bien informées. » 

Et même quand on savait quoi faire, on avait rarement les moyens financiers d’atteindre les buts fixés. De plus, dans l’esprit de la plupart des chefs d’entreprise, ces mesures écologiques n’apportent rien d’autre que des coûts supplémentaires. Ils ne perçoivent ni les économies futures en coûts de production ni l’accroissement éventuel du marché en raison de l’attraction des consommateurs soucieux de l’environnement.

Selon Mme Ramos, toutes les entreprises avaient néanmoins plus ou moins amélioré leurs normes environnementales au fil du temps. Au cours de ce processus, elles ont été en mesure de conserver leur main-d’œuvre à un niveau stable et n’ont pas été obligées de couper de postes malgré les dépenses accrues. «  Ce n’est pas une dichotomie. C’est un processus, un chemin que l’on poursuit, explique-t-elle. Ils se rendent compte que c’est quelque chose qu’ils ne peuvent éviter, alors ils intègrent certaines technologies et s’engagent sur le chemin d’un plus grand respect de l’environnement. »

Le professeur à l’Instituto Universitario Escuela Argentina de Negocios à Buenos Aires, Eduardo Bianchi a participé à l’autre étude financée par le CRDI : un projet de trois ans coordonné par la section argentine de la Faculdad Latinoamericana de Ciencias Sociales et mis en œuvre par le Réseau latino-américain sur le commerce pour examiner les effets des économies vertes sur la croissance et l’inclusion. Selon le chercheur, l’étude approfondie sur l’industrie laitière qu’il a corédigée dans le cadre du projet du CRDI montre que les gouvernements doivent règlementer les petites et moyennes entreprises pour qu’elles deviennent plus écologiques. Il ajoute que les gouvernements doivent aussi les aider à accéder au financement.

Les études révèlent que les petites entreprises ont un long chemin à parcourir pour devenir plus écologiques, mais elles montrent aussi les bienfaits environnementaux manifestes que pourrait tirer l’Amérique latine d’une politique appropriée. « L’environnement est perçu comme un coût, dit M. Bianchi. Mais c’est aussi une occasion à saisir. »

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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