Technologie et Innovation

Comme sur des roulettes


Des Ougandais atteints de handicaps voient s’offrir à eux de nouvelles possibilités, grâce à un fauteuil roulant spécialement conçu.


Affiché par Niki Wilson le 23 mai 2018

Des habitants du district de Kasese, en Ouganda, montrent avec fierté le nouveau tricycle à main qui se convertit en fauteuil roulant. (Photo : Bjarki Hallgrimsson)

Les collectivités qui parsèment le piémont des montagnes Rwenzori dans le district de Kasese, au sud-ouest de l’Ouganda, sont reliées entre elles par des routes de terre cahoteuses et sinueuses qui traversent un paysage verdoyant et accidenté. Les roches, les dénivellations abruptes et, parfois, le risque de glisser rendent les déplacements ardus pour quiconque, et presque impossibles pour les dizaines de milliers de gens qui éprouvent des problèmes de mobilité.

Ces routes, qui conduisent à l’école, au travail et à l’autosuffisance en général, sont inaccessibles à ceux qui ne possèdent pas de moyens de locomotion, ce qui contribue à faire de ces personnes « les plus pauvres parmi les pauvres », explique Navin Parekh, le cofondateur canadien de CanUgan, une organisation sans but lucratif qui s’attache à résoudre les problèmes de mobilité d’Ougandais atteints de handicaps. Par l’entremise de CanUgan, Navin Parekh recueille des fonds pour fournir des tricycles à main fabriqués sur place, une idée qui a germé en 2010, alors qu’il était bénévole dans le pays. En 2012, il a formé un partenariat avec Bjarki Hallgrimsson et ses étudiants de l’école de design industriel de l’Université Carleton pour concevoir des tricycles dotés d’un cadre très solide pouvant supporter divers appareils générateurs de revenus, comme des bornes de recharge solaires et des moulins à maïs. On a exécuté les travaux en collaboration avec des fabricants locaux afin de s’assurer que les tricycles fonctionnaient sur le terrain et pouvaient être produits localement. L’équipe espère maintenant introduire un nouveau modèle dans le district de Kasese : le tricycle-fauteuil roulant.

L’idée est née des observations qu’ont faites les étudiants de l’école de design en 2014, lors d’une visite de suivi ayant pour but d’évaluer l’efficacité du premier tricycle repensé. Selon Navin Parekh, ce projet, partiellement financé par le Centre de recherches pour le développement international, a été très bien accueilli, car presque toutes les personnes possédant un tricycle sont maintenant en mesure de subvenir à leurs besoins grâce à des activités productrices de revenus. Par exemple, des femmes handicapées qui vivent à proximité de la République démocratique du Congo ont mis en place un commerce transfrontalier et utilisent leur tricycle pour passer d’un pays à l’autre. « Certaines d’entre elles sont devenues les principales pourvoyeuses de la famille, explique M. Parekh. Plusieurs ont acheté une maison. » D’autres propriétaires de tricycle fournissent des services à domicile, tels que couture, cordonnerie ou vente de fruits et légumes. 

Mais après avoir interrogé les femmes et visité une école primaire, les étudiants de Carleton se sont rendu compte qu’ils n’avaient pas résolu tous les problèmes de mobilité. « Le tricycle permet de se rendre à destination, explique Bjarki Hallgrimsson. Mais une fois arrivée, la personne doit se déplacer en rampant parce qu’elle n’a pas de fauteuil roulant. » Le tricycle est simplement trop gros pour qu’on puisse s’en servir à la maison, à l’école ou au marché.

Pour remédier à cela, l’étudiante Jennifer Vandermeer a conçu un « combiné » : un tricycle faisant office de fauteuil roulant. Lorsqu’il utilise son véhicule comme tricycle, le conducteur peut parcourir de longues distances en terrain difficile. Mais une fois à destination, il peut le transformer en fauteuil roulant en remplaçant la roue avant par des roulettes. Il peut ainsi entrer dans les bâtiments et manœuvrer dans des espaces restreints.

Ce nouveau design contribue aussi à combler le manque de fauteuils roulants en général. « Les gens de ces collectivités ne peuvent pas se permettre d’acheter un fauteuil », dit M. Hallgrimsson. Des organisations internationales bien intentionnées s’attaquent à ce problème, mais les fauteuils usagés ou de qualité inférieure qu’elles envoient ne sont pas adaptés au terrain et se brisent facilement. Il n’existe ni pièces de rechange ni outils pour les réparer. « Nous avons vu de ces fauteuils roulants traîner à côté des maisons, hors d’usage », ajoute-t‑il.

Voilà pourquoi la coopération avec les producteurs locaux est indispensable. Grâce à une subvention de l’organisation suédoise Promobilia, Bjarki Hallgrimsson et ses étudiants communiqueront avec des fabricants ruraux potentiels du district de Kasese pour veiller à ce que le modèle deux en un puisse être construit et réparé en milieu rural par les membres des collectivités et à l’aide de matériaux locaux. On sait déjà qu’il peut être produit avec les ressources dont on dispose dans les villes parce qu’un hôpital de Kampala, la capitale de l’Ouganda, en a commencé la fabrication en suivant les spécifications des concepteurs, lesquelles seront un jour accessibles gratuitement par Internet, affirme M. Hallgrimsson : « Pour l’heure, les personnes en milieu rural ne peuvent pas encore y arriver, en raison du manque de formation et d’outils, mais nous travaillons avec CanUgan pour accroître leurs capacités. »

Comme ce fut le cas avec le tricycle à main, le suivi auprès des utilisateurs demeure une condition essentielle du succès. Selon M. Hallgrimsson, on voit souvent des organisations étrangères proposer leur aide à des collectivités comme celles du district de Kasese, fournir les plans puis cesser leur collaboration avant que le concept ne soit mis à l’épreuve. « Notre philosophie consiste à toujours mener nos projets à terme, c’est-à-dire jusqu’à ce que cela fonctionne pour les populations locales. Nous avons encore du chemin à faire ! »

Pour les enseignants : téléchargez le cahier d’exercices qui complète l’article
Faites connaître à vos élèves l’extraordinaire travail du Centre de recherches pour le développement international dans le monde. Chaque livret contient un exemplaire du blogue et diverses activités qui permettront à vos élèves de mieux saisir le rôle crucial que joue le Canada dans les pays en développement.

Cliquez ici pour télécharger le cahier d'exercices


Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

Depuis 1970, le Centre de recherches pour le développement international joue un rôle de premier plan dans le programme d’aide du Canada en investissant dans le savoir, l’innovation et les solutions propres à améliorer les vies et les moyens de subsistance dans le monde en développement. Plus à crdi.ca