Économies inclusives

Conception canadienne, utilisation mozambicaine


Comment un expatrié mozambicain de la Saskatchewan a conçu une moto-ambulance pour améliorer la santé maternelle dans son pays natal.


Affiché par Brian Owens le 15 mai 2019

Des femmes répètent une pièce de théâtre intitulée Svayich Antsetik (rêve de femme) à San Cristóbal de Las Casas, dans l’État mexicain du Chiapas, en 2017. (Photo : Katherine Jaschewski)

La mortalité maternelle est un veritable fléau au Mozambique.

Ce pays du sud de l’Afrique affiche un des plus hauts taux de mortalité maternelle au monde avec 489 décès pour 100 000 naissances (contre sept décès pour 100 000 naissances au Canada). Dans la province de Nampula, dans le nord du pays, il n’est pas rare qu’une femme décède simplement parce qu’elle n’a aucun moyen de se rendre à l’hôpital pour accoucher.

Pour remédier à ce problème d’accès au système de santé, les communautés locales de Nampula se sont tournées vers des motos ambulances communautaires capables de transporter rapidement les femmes des communautés isolées à l’hôpital, en empruntant des routes de campagne souvent difficilement praticables.

Quelques entreprises du Royaume-Uni et de l’Afrique du Sud manufacturent des motos-ambulances, mais cela soulève la question de savoir qui se chargera de l’entretien de ces véhicules, indique Sue Godt, spécialiste de programme au CRDI. Concevoir et fabriquer ces véhicules étaient une solution plus durable, fait-elle remarquer Sue Godt. Le Centre finance le projet avec Affaires mondiales Canada et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) dans le cadre de l’initiative Innovation pour la santé des mères et des enfants d’Afrique (IMCHA).

Avec cela en tête, en 2017, le docteur Ron Siemens, professeur adjoint à la division de médecine d’urgence pédiatrique à l’Université de la Saskatchewan qui participe au projet, a recruté l’artiste et soudeur mozambicain Antonio Nhampossa pour concevoir un prototype. Nhampossa vit à Saskatoon depuis 2013. « Quand Ron m’a parlé de son projet, raconte-t-il, j’ai pensé que c’était ma propre version de Mission impossible. »

Quelques mois plus tard, après avoir construit et mis à l’essai le prototype en Saskatchewan, Antonio Nhampossa s’est rendu au Mozambique pour fabriquer six ambulances pour des collectivités de la province de Nampula.

L’ambulance consiste en une remorque légère d’aluminium et d’acier tirée par une moto; elle comprend plusieurs éléments qui en font un véhicule idéal pour circuler dans les régions rurales d’Afrique. D’abord, elle est de taille réduite : juste assez large pour une femme allongée sur une civière et un passager assis sur un strapontin. Ces éléments découragent le transport de personnes supplémentaires dans des régions où le manque de moyens de locomotion incite les gens à profiter de tout véhicule et à le surcharger. L’attelage permet de fixer la remorque soit directement derrière la moto quand les routes sont suffisamment bonnes, soit de la décaler quand la moto doit emprunter l’une des ornières tracées par les roues sur les pistes de terre. L’ensemble est doté d’une bonne suspension pour assurer le confort des passagers. « Quand on l’a essayée à travers  les Prairies à 80 km à l’heure, j’avais l’impression d’être dans mon salon », déclare Ron Siemens.

Les habitants de Nampula ont choisi les conducteurs parmi les membres de leurs collectivités. Ces derniers ont suivi une formation pour apprendre à entretenir le véhicule, à utiliser le système d’appel et de journalisation et à fournir les premiers soins de base aux femmes enceintes et aux nouveau-nés. La formation et l’agrément des conducteurs a été la partie la plus longue du projet, mais les premières ambulances ont été livrées prêtes à l’emploi en janvier 2019.

L’accès à une moto en bon état peut être tentant pour des gens privés de moyens de transport. Aussi, afin d’être sûr qu’elle est accessible en tout temps aux fins pour lesquelles elle a été prévue, chaque moto a été confiée à une femme de la collectivité, qui la garde à son domicile. Quand un conducteur reçoit un appel, il va la chercher chez elle. « C’est elle qui en a la charge, explique Ron Siemens. Il y a une responsable par véhicule. »

Pour l’heure, les ambulances sont réservées aux femmes enceintes et à aucune autre fin médicale, mais elles pourront répondre à des cas de force majeure au besoin, explique Ron Siemens : « Nous essayons de ne pas les utiliser pour tout ».

Le CRDI a assumé les coûts initiaux des motos et des remorques et continuera de financer le projet jusqu’en juillet 2020, déclare Sue Godt, mais il est essentiel que les collectivités trouvent les moyens d’en assurer la durabilité à long terme. Le ministère de la Santé du Mozambique n’est pas en mesure de fournir les fonds nécessaires, aussi le CRDI est à la recherche d’autres solutions locales. Le projet est en lien avec d’autres efforts de développement, comme la promotion de l’élevage de poules, qui pourront financer les services d’ambulance tout en améliorant l’alimentation des populations locales.

« Il y a vraiment dans la collectivité une volonté ferme de faire fonctionner ce projet, explique Sue Godt. Plusieurs éléments en place laissent croire à la durabilité à long terme de ces efforts, qui permettent assurément de surmonter un obstacle de taille à la santé maternelle dans ces régions. »

Pour sa part, Antonio Nhampossa se réjouit que sa création puisse venir en aide à des gens : « Cela me rend heureux de savoir qu’une simple machine telle que celle-là change la vie de collectivités au Mozambique. »

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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