Économies inclusives

Le coût élevé des vêtements bon marché


Quatre ans après l’eff ondrement d’une usine textile au Bangladesh, les eff orts pour transformer l’une des industries les plus importantes du pays se poursuivent


Par Niki Wilson, le 25 avril 2017

L’e ondrement d’une usine textile à Dacca, au Bangladesh, le 24 avril 2013, a entraîné la mort de plus de 1130 personnes et a déclenché une réévaluation toujours en cours de l’une des plus importantes industries du pays. (Photo : Jabel Al Nahian/Wikimedia Commons)

Le matin du 24 avril 2013, une usine textile de huit étages appelée Rana Plaza, fragilisée par une mauvaise construction, s’effondre à Dacca, au Bangladesh. À l’intérieur, plus de 1130 personnes périssent écrasées sous des amas de béton fragile et de barres d’armature. Il s’agit du pire accident industriel de l’histoire du pays et le bilan des victimes s’est alourdi après l’eff ondrement. De nombreuses personnes sont mortes de leurs blessures ou sont maintenant aux prises avec une incapacité physique permanente. Des témoins de l’accident souff rent du trouble de stress post-traumatique (TSPT) ou d’autres troubles de santé mentale.

Parmi les survivants, il y a une femme du nom de Barsha* qui a perdu ses deux mains. Après la catastrophe, la famille de son époux, avec qui elle vivait, l’a perçue comme un fardeau, car elle ne pouvait plus contribuer à l’économie familiale. « Ses conditions de vie se sont considérablement aggravées », dit Khondaker Moazzem, directeur de recherche au Centre for Policy Dialogue (CPD), un groupe de réflexion qui s’intéresse à des questions liées au développement.

Après la tragédie, le gouvernement du Bangladesh, des partenaires de développement comme le Fonds monétaire international, et des fabricants de vêtements comme JC Penny, Walmart et Joe Fresh ont promis aux survivants une indemnité et une aide financière, ainsi qu’une assistance médicale et des réformes du travail. Mais au fil du temps, dit Moazzem, nombre de ces engagements ont fléchi.  

Grâce à une subvention accordée par l’Initiative Think Tank du Centre de recherches pour le développement international, le CPD s’emploie maintenant à évaluer et à mettre en évidence la mesure dans laquelle ces organisations ont respecté leurs engagements, et à consigner le parcours des survivants de la catastrophe.

En date d’avril 2016, selon Moazzem, environ la moitié des survivants n’avaient toujours pas trouvé d’emploi en raison de lésions physiques ou de traumatismes mentaux d’une telle gravité qu’il leur était impossible de travailler. Les personnes aux prises avec des troubles mentaux n’ont pas reçu de traitement pour le TSPT, car leur état avait reçu un degré de priorité moins élevé que celui des personnes qui présentaient des lésions physiques manifestes. Une fois épuisé, le financement restreint destiné au TSPT et à des troubles mentaux connexes, de nombreuses victimes ont trouvé que le coût des traitements était trop élevé pour qu’elles puissent les poursuivre.

Toutefois, même si la moitié des survivants sont toujours au chômage, il y a quelques bonnes nouvelles. Un sondage mené en mars 2016 par une ONG de développement basée à Dacca, ActionAid Bangladesh, a révélé que le taux de chômage a graduellement diminué depuis 2013 et que le taux d’emploi s’est accru de façon constante. De plus, le sondage démontre que le revenu total des survivants a augmenté comparativement à leurs revenus en 2013, 2014 et 2015. Entre-temps, le gouvernement du Bangladesh a mis sur pied au moins deux initiatives pour répondre aux besoins financiers à long terme des victimes (quoique la mise en oeuvre de ces programmes se fasse lentement), certains représentants de l’industrie du vêtement ont promis des millions de dollars américains en assistance, et des organisations locales et internationales ont apporté un appui diversifié, qu’il s’agisse d’aider les survivants à obtenir une prothèse ou de soutenir les enfants dont les parents sont morts dans l’eff ondrement.

Toutefois, la réforme du travail représente le plus grand défi et nécessitera des eff orts considérables. « La sécurité au travail, l’employabilité, le revenu, la subsistance et les droits des travailleurs constituent toujours une priorité », explique Moazzem, soulignant de nombreuses améliorations possibles dans ces domaines. Selon lui, par exemple, le gouvernement du Bangladesh doit formuler des lignes directrices plus concrètes et de meilleurs mécanismes de conformité en matière de sécurité pour garantir le respect des règles par les détaillants. Quant aux acheteurs et aux détaillants, il devrait leur incomber, de façon plus générale, de confier à une tierce partie la surveillance et la vérification de leurs lieux de travail. « En tant que secteur, dit-il, ils devraient attirer une attention défavorable sur ceux qui ne respectent pas les règles. »

Selon Moazzem, la difficulté consiste à garantir la conformité aux règles sans que le coût des initiatives ait un impact sur les quelque quatre millions de travailleurs de l’industrie du vêtement au pays, l’objectif du gouvernement bangladais en matière d’exportation de vêtements étant de 50 milliards de dollars américains d’ici 2021. Si les chaînes internationales décidaient d’aller ailleurs, il y aurait de graves répercussions socioéconomiques au pays. Ce souci de produire accroît le besoin de fixer une date limite pour la pleine mise en oeuvre des améliorations qui permettraient la restructuration de l’industrie du vêtement au Bangladesh.

« Je crois qu’il importe vraiment d’examiner ces questions en considérant d’autres facteurs que l’économie, dit Moazzem. C’est aussi l’occasion de se pencher sur des questions de justice et d’égalité entre les sexes, et de chercher à améliorer la qualité des emplois des travailleurs. Au bout du compte, de tels changements à l’échelle mondiale accroîtront la pérennité de l’industrie du vêtement. »

*Barsha est un nom fictif utilisé pour protéger l’identité de la travailleuse..

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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