Agriculture et environnement

Des drones survolant le delta


Dans le delta du fleuve Volta au Ghana, des drones survolent des zones autrement inaccessibles aux chercheurs, ce qui aide ces derniers à étudier l’érosion côtière, les inondations et la migration


Affiché par Brian Owens le 15 novembre 2016

Les vagues balayant le rivage de Fuvemeh, une ville ghanéenne qui est située près du delta du  euve Volta et que menacent les inondations et l’érosion des côtes. (Photo : Appeaning-Addo et al., 2015)

Les deltas comptent parmi les lieux les plus densément peuplés de la planète, surtout dans certains pays africains et asiatiques en développement. Ce sont aussi des régions très vulnérables aux changements climatiques, avec la hausse des niveaux marins et des tempêtes violentes plus intenses qui provoquent les inondation et l’érosion des côtes.

Comment les gens qui vivent dans ces régions s’adaptent-ils aux changements en cours ? C’est précisément ce que Kwasi Appeaning Addo, professeur agrégé au département des sciences de la mer et de la pêche de l’Université du Ghana, tente de déterminer. Il participe à un projet financé par le Centre de recherches pour le développement international du Canada qui vise à collecter des données sur les changements touchant trois grands deltas du monde (celui du Gange, du Brahmapoutre et du Meghna au Bangladesh et en Inde, celui du Mahanadi en Inde et celui de la Volta au Ghana) et à déterminer la façon dont la migration peut être une stratégie d’adaptation pour les populations riveraines. Les chercheurs examinent une variété de facteurs en faisant appel à différentes techniques, dont l’hydrologie et les sciences économiques, et recensent les migrants tant à l’intérieur des deltas qu’à leur destination finale.

Dans certains de ces pays, ce peut être un grand défi d’étudier les deltas en raison de la difficulté et de la variabilité du terrain et des problèmes de sécurité. Le coût peut aussi être un obstacle, car souvent ces pays en développement ne peuvent pas se permettre de recourir à des systèmes de télédétection de pointe ni même à la photographie aérienne classique. Conscient de ces limitations, Kwasi Appeaning Addo a expérimenté l’usage de drones pour surveiller l’érosion et les inondations côtières et pour étudier la façon dont ces phénomènes influent sur les habitants du delta du fleuve Volta.

Les drones prennent des photos et des vidéos des régions côtières. Ces documents visuels servent à alimenter une base de données qui permettra de quantifier les changements survenant dans les zones les plus vulnérables. « Les riverains nous informent et nous accourons pour saisir ce qui se passe », déclare le chercheur.

Le projet de drone vise deux collectivités en particulier, toutes deux situées un peu à l’est d’Accra, la capitale : Fuvemeh, sur des basses terres, qui a subi de graves inondations ces dernières années, et Keta, une ville plus grande sur une étroite langue de terre entre une vaste lagune et la mer, où l’érosion a atteint le rythme de huit mètres par an.

Les drones ont permis à Kwasi Appeaning Addo et à ses collègues de mieux quantifier les dégâts causés par les inondations autour de Fuvemeh. « Au cours des deux dernières années, une cinquantaine de maisons ont été détruites et près de 250 personnes ont été déplacées », explique-t-il. À Keta, son équipe évalue l’efficacité de grands projets d’ingénierie, comme la construction d’une énorme digue qui devrait permettre de récupérer des terres et de former des plages. Selon Kwasi Appeaning Addo, ces structures ont emprisonné des sédiments, mais il est trop tôt pour savoir s’il s’agit d’une solution à long terme.

Le professeur croit néanmoins que les données fournies par les drones ont déjà prouvé leur utilité. Il a passé des séquences vidéo à des représentants politiques locaux qui ont tout de suite saisi l’urgence d’agir et ont organisé une rencontre entre les chercheurs et l’assemblée du district. « Nous pouvons leur montrer ce qui se passe et leur proposer des solutions, explique-t-il. Cela peut les aider à décider s’il vaut mieux résoudre le problème avec des travaux d’ingénierie ou déplacer les gens. »

Les drones n’ont pas encore été utilisés dans les deltas de l’Inde et du Bangladesh, mais selon Michele Leone, le gestionnaire de projet du CRDI qui supervise la recherche sur les deltas, ils pourraient l’être : « Je veux d’abord me convaincre de leur utilité avant de m’engager à plus grande échelle; nous utilisons souvent les mêmes techniques, que nous adaptons aux différentes régions. »

Michele Leone souhaite que les données du projet permettent aux pays d’améliorer leurs plans de gestion des deltas à long terme. Il cite l’exemple du Bangladesh, qui a élaboré un plan de plusieurs millions de dollars pour gérer son côté du delta du Gange jusqu’en 2100. « Ce plan ne prend pas explicitement en compte le fait que la migration est un processus complexe qu’il faut mieux comprendre avant de planifier pour le prochain siècle. Si l’on ne sait pas où vont les gens, où ils veulent aller et ce qui leur permet de partir, il y a peu de chance que cela fonctionne. »

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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