Économies inclusives

Déterminer la destinée des femmes


Comment l’évaluation d’un programme éducatif aide les femmes indiennes à s’émanciper et se forger un avenir meilleur


Par Niki Wilson, le 17 mai 2016

Une participante du programme Mahila Samakhya à l’extérieur de chez elle à Sangur Panchayat, dans l’État du Karnataka. Les femmes qui participent au programme aident le Centre d’études sur le budget et les politiques à évaluer son efficacité. (Photo : Avec l’aimable permission de l’Institut pour la recherche et la gestion financières LEAD)

Un peu à l’extérieur de la ville de Muzaffarpur dans l’État indien de Bihar, une femme d’âge mûr nommée Vibha travaille comme tailleuse de pierre dans une usine de production. Sans connaître le contexte, on ne trouverait rien d’extraordinaire à cet état de fait. Après tout, des femmes effectuent des travaux exigeants physiquement contre rémunération dans le monde entier. Mais pas ici où, bien souvent, les femmes n’ont ni l’éducation ni formation nécessaires pour gagner leur vie. Dans sa collectivité, Vibha est connue comme la « première tailleuse de pierre ». Le fait qu’elle possède un travail, et en plus dans un domaine traditionnellement réservé aux hommes, constitue ici une véritable percée sociale.

C’est la nécessité de subvenir à ses besoins les plus fondamentaux qui a entraîné Vibha dans sa quête d’emploi. Elle est originaire d’un des districts les plus pauvres de Bihar, où il n’existe ni salle de bain ni système d’égouts. La plupart des gens défèquent dans les champs ou dans la végétation, s’exposant ainsi à E. coli et aux morsures de serpents et d’insectes venimeux. C’est le lot de tous les habitants de la région, mais la situation est encore plus pénible pour les femmes.

Comme il est tabou pour les Indiennes de se dénuder publiquement, celles-ci s’organisent pour se soulager avant l’aube ou après le coucher du soleil, ce qui peut leur causer des problèmes de santé, car elles s’empêchent d’uriner ou de déféquer pendant toute la journée, et les expose à des agressions sexuelles.

Le programme Mahila Samakhya tente de régler ce problème. Lancé en 1988 par le gouvernement indien, il vise à sensibiliser les femmes des milieux ruraux aux questions d’hygiène, de violence domestique, d’éducation et de mariage des enfants et à les aider à devenir autonomes. Un des principaux volets du programme consiste à demander aux femmes de cerner leurs problèmes particuliers et à se soutenir mutuellement pour trouver des solutions.

En 2000, dans le cadre de son programme local Mahila Samakhya, Vibha s’est familiarisée avec les principes élémentaires d’hygiène et d’assainissement et a été encouragée à participer à la planification et à la gestion des ressources en eau et en assainissement. Elle et d’autres femmes ont reçu une formation de tailleuse de pierre afin de pouvoir construire les toilettes elles-mêmes. Non seulement ce travail a-t-il permis à Vibha de créer un environnement plus sûr, mais il lui a aussi fourni une avenue pour sa propre émancipation économique.

Le processus par lequel Mahila Samakhya contribue à l’autonomisation économique de femmes comme Vibha fait l’objet d’une étude de trois ans que dirigent Nivedetha Menon et trois collègues au Centre d’études sur le budget et les politiques situé à Bangalore. Mme Menon espère que cette étude lui permettra de mieux comprendre comment les femmes apprennent à négocier et à défendre leurs droits. « Quel est le processus par lequel elles commencent à se percevoir comme des personnes ? », se demande-t-elle en pensant à toutes celles qui viennent de districts où les filles sont considérées comme un bien et où elles sont mariées très jeunes à un homme vivant loin de chez elles.

Les organisations qui financent l’évaluation du centre — le Centre de recherches pour le développement international du Canada, le ministère du Développement international du Royaume-Uni et la fondation William et Flora Hewlett — espèrent que cette étude permettra de tirer parti des succès du programme et de donner de la crédibilité à ses résultats.

« Les politiques fondées sur des faits prennent une importance grandissante », déclare Sharon Buteau, directrice exécutive de l’Institut pour la recherche et la gestion financières LEAD. Cette organisation située à Chennai met au service du centre son expérience dans la conception d’études très réussies comportant la collecte d’information en Inde rurale. Mme Buteau est d’avis que le gouvernement devrait faire preuve de plus de transparence dans ses programmes. Il ne suffit pas de les mettre sur pied, il faut aussi les évaluer et rendre des comptes.

L’équipe d’évaluation qui travaille dans les États de Bihar et de Karnataka collecte des données sur presque 4000 foyers. Dans certaines localités, les groupes Mahila Samakhya sont établis depuis des décennies, mais dans d’autres, le programme est relativement nouveau. Cela permettra aux chercheurs d’évaluer les effets du programme à divers degrés de progression.

Pendant ce temps, Vibha se déplace dans Bihar pour enseigner à d’autres femmes son métier de tailleuse de pierre, elle prend des cours à l’université et est un modèle de rôle pour ses enfants. Grâce à l’appui du programme Mahila Samakhya et des femmes de sa collectivité, elle a surmonté bien des stéréotypes liés au genre et est devenu un membre respecté de sa collectivité. Ce faisant, elle a construit les fondations, pierre par pierre, d’une avenue que les autres femmes pourront suivre.

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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