Technologie et Innovation

Féminisme et gouvernement ouvert


Trois spécialistes discutent du rôle des femmes pour un gouvernement plus inclusif, plus réactif et plus responsable


Affiché par Niki Wilson le 10 avril 2019

Nnenna Nwakanma (à droite) et une collègue à l'extérieur du domicile d'une femme appelée Fifa (au centre) à Dakar, au Sénégal, en 2018. Fifa, ancienne adjointe au maire à Dakar et défenseure des personnes handicapées, a collaboré au processus qui a qualifié le Sénégal pour le Partenariat pour un gouvernement ouvert. (Photo : Aldi Diassé)

L’organisme Open Government Partnership (OGP) est une plateforme qui réunit presque 100 pays et autorités infranationales ayant accepté de prendre des engagements officiels et tangibles pour améliorer la transparence, la réactivité, la reddition des comptes et l’inclusion du gouvernement.

Pourtant malgré ce programme progressif, seulement 25 des 3100 engagements pris jusqu’à présent ont tenu compte de l’égalité des sexes. « L’OGP est une avenue sous exploitée qui permet de s’attaquer à de nombreuses disparités politiques, économiques et sociales touchant les femmes et les communautés de genre en général », déclare Allison Merchant, conseillère principale sur les genres à l’OGP et à Results for Development, une ONG internationale de santé et d’éducation.  

Voilà pourquoi le CRDI, l’ONG Results for Development et l’OGP ont élaboré  l’initiative Gouvernement ouvert et féminisme, qui prône l’adoption d’engagements prenant en compte l’égalité des sexes. Cette initiative comprend également une recherche visant à montrer de quelle façon l’égalité des sexes peut permettre aux gouvernements de mieux répondre aux attentes des citoyens. Finalement, le projet prévoit l’établissement d’un partenariat international pour promouvoir l’égalité des sexes dans les processus du gouvernement ouvert.

Allison Merchant et ses collègues féministes porte-parole d’un gouvernement ouvert Nnenna Nwakanma (directrice des politiques par intérim à la fondation World Wide Web) et Portia Taylor (analyste principale au secrétariat du Conseil du Trésor du Canada et membre de l’équipe du gouvernement ouvert du Canada) discutent de ce qui empêche les femmes de participer à un gouvernement ouvert, de la manière d’améliorer la situation et des raisons pour lesquelles l’égalité entre les sexes est si importante en matière de gouvernance.

Comment les pratiques actuelles limitent-elles la participation des femmes à un gouvernement ouvert ?
PT: On peut imaginer le gouvernement comme un coffre-fort qui ne s’ouvre qu’avec des codes précis et en présence de certaines personnes détentrices d’un sésame. Le gouvernement ouvert doit s’adresser plus largement aux femmes et être au fait de leurs réalités. Il devrait servir à améliorer leur sort par des actions de terrain directes sur les sujets qui leur tiennent à cœur.  

NN: Il existe des obstacles sociaux à la participation des femmes : les réunions se font de 9 h à 17 h, période durant laquelle les femmes s’occupent de leurs enfants et vont au travail. Si les programmes du gouvernement ouvert n’atteignent pas les femmes dans les lieux où elles vivent et travaillent, il n’y aura pas moyen de les faire participer. Les initiatives du gouvernement ouvert doivent aussi s’adresser à toutes les femmes dans leur propre langue. Dans le cas contraire, les femmes ne s’engageront pas, ne participeront pas ou n’assumeront pas de responsabilité.

AM: Un facteur qui limite la participation des femmes est le fait que les pratiques du gouvernement ouvert ne sont pas encore volontairement inclusives. Nous avons de très bons partenariats et de beaux engagements sur l’égalité entre les sexes, mais ils restent un peu improvisés et organiques. Il nous faut une stratégie réfléchie sur la diversité et l’inclusion qui guide les réformes, les processus de cocréation et la mise en œuvre des pratiques.   

Comment le gouvernement ouvert et l’Open Government Partnership peuvent-ils se montrer plus inclusifs pour les femmes ?

PT: Cela exige un travail délicat. Pas seulement en raison de la somme d’efforts requise, mais parce que cela demande un effort collectif et la reconnaissance que les femmes ne forment pas un groupe monolithique. Il faut que les femmes de différents sous-groupes soient reconnues, intégrées et incluses d’une façon qui leur convienne. Selon mon expérience, le gouvernement ouvert demeure plus obscur pour les non-blancs. Si nous tenons vraiment à ce que cette entreprise soit réfléchie, nous devons accueillir la participation des non-blancs et entretenir de fructueux dialogues avec les membres de toutes les ethnies et les cultures.

NN: En Côte-d’Ivoire, des consultations ont lieu dans tout le pays. Quand les administrateurs vont vers les gens, ils obtiennent de meilleurs résultats et un dialogue plus riche. Si vous ramenez cette idée au niveau infranational, aux sujets qui tiennent à cœur aux femmes, alors celles-ci s’engagent.

AM: L’OGP cherche des occasions d’engagements axés sur les femmes qui prennent aussi en compte où et comment les facteurs liés au sexe peuvent s’intégrer dans ces grands thèmes centraux. Par exemple, l’OGP compte plusieurs engagements touchant l’industrie d’extraction et les ressources naturelles, mais aucun n’a pour l’instant de composante liée au genre. C’est un problème. Prenons l’eau : dans le monde entier, ce sont les femmes et les filles qui sont les principales pourvoyeuses en eau. Dans les pays africains, elles collectent l’eau potable pour la famille cinq fois plus souvent que les hommes. Il en découle qu’un engagement dans ce domaine qui ne tiendrait pas compte des femmes passerait à côté du groupe de la collectivité qui est le plus concerné par cette question.

Helen Clark, ancienne Première ministre de la Nouvelle-Zélande et ambassadrice du Partenariat pour un gouvernement ouvert, explique pourquoi l’égalité des sexes dans un gouvernement ouvert est importante. (Vidéo : Partenariat pour un gouvernement ouvert)

Comment l’égalité entre les sexes améliore le gouvernement ?
PT: Cela a du sens, car c’est davantage en accord avec la réalité de tous les jours. Quand un gouvernement fonde ses actions en laissant de côté un groupe, quel qu’il soit, il est certain que sa compréhension des réalités sur le terrain sera biaisée.

NN: La présence des femmes en politique est le moteur le plus puissant de féminisation. Plus elles atteindront un niveau élevé dans les administrations, les partis politiques ou en politique, plus elles feront entendre la voix des autres femmes et plus elles serviront de modèles pour encourager leurs consœurs à s’engager.

AM: L’égalité des sexes en gouvernance peut favoriser une meilleure élaboration de politiques et accélérer les résultats sociaux. Par exemple, les investissements dans l’éducation et la santé des femmes améliorent manifestement le sort des enfants et des foyers dans la société. Trop souvent, nous pensons que les politiques et les données du gouvernement sont neutres sur le plan du genre. Mais si nous ne pensons pas au genre dans certains de ces contextes, ce facteur ne sera pas pris en compte dans les politiques publiques, ce qui les rendra moins efficaces

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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