Économies inclusives

Des frontières plus sûres en Amérique latine


Les trafics illégaux et la violence qui en découle sont une véritable plaie le long des frontières d'Amérique latine. Des chercheurs de toute la région collaborent pour trouver une solution à ce problème.


Par Brian Owens le 18 octobre 2016

Un homme regarde par un trou pratiqué dans un mur qui sépare Tijuana (Mexique) des États-Unis. En Amérique Latine, des villes frontalières comme Tijuana sont souvent des endroits dangereux où des activités illégales, comme le trafic de la drogue, et la violence qui en découle ont des effets dévastateurs sur les résidents. (Photo : Alfonso Caraveo/Archivo Colef)

Dans toute l'Amérique latine, les frontières peuvent se révéler dangereuses. La contrebande et les trafics de la drogue et des êtres humains sont des activités lucratives — selon les estimations des Nations Unies, le commerce illégal de la drogue dans la région se chiffre à 450 milliards de dollars par année — et ceux qui se livrent à ces délits n'hésitent pas à recourir à la violence pour protéger leurs investissements.

Les gens qui vivent près des frontières doivent supporter ce climat de violence, déclare Fernando Carrión, chercheur à la Faculté des sciences sociales d'Amérique latine à Quito, en Équateur. « Les villes frontalières connaissent nombre de meurtres, de vols et une insécurité ambiante qui nuit au développement local et à l'intégration entre les pays », ajoute-t-il.

Fernando Carrión s'intéresse à la façon dont fonctionnent les économies illégales et aux collaborations que peuvent tisser les pays pour démanteler ces réseaux. Avec l'appui du Centre de recherches pour le développement international, il dirige un projet visant à cartographier et à étudier l'économie politique sous-jacente du commerce illégal et de la violence dans les régions frontalières d'Amérique latine et à trouver des moyens de combattre et de prévenir cette violence.

 « Nous ne voulons pas simplement étudier la violence et les questions de sécurité nationale, mais nous souhaitons réfléchir plus à fond et en découvrir les causes sous-jacentes », explique Markus Gottsbacher, le représentant du CRDI pour ce projet. Il ajoute que les rapports actuels sur le sujet sont « plutôt superficiels ».

Fernando Carrión et ses collègues estiment qu'il serait trop dangereux et trop cher d'effectuer leur recherche directement dans les régions frontalières, aussi utilisent-ils les journaux et les revues ainsi que les statistiques nationales sur les crimes des dix dernières années pour saisir des tendances qui leur permettraient de brosser un tableau plus clair des économies illégales dans les régions frontalières. Cela ne signifie pas pour autant que leur travail est sans danger. « Quand vous étudiez les marchés illégaux, où que vous soyez, vous prenez des risques, dit Fernando Carrión. Vous révélez les méthodes que les contrebandiers utilisent et cela porte atteinte à leurs intérêts. Il faut donc être protégé lorsqu'on se déplace dans ces zones. »

Selon Fernando Carrión, en utilisant des sources comme les journaux, les chercheurs peuvent se faire une meilleure idée de la situation que s'ils se fiaient uniquement aux données gouvernementales, car les journalistes vont souvent au-delà du niveau local dans leur reportage. « Normalement, l'information sur ces questions est traitée par les pays respectifs, ajoute-t-il. Les sources journalistiques nous permettent de découvrir la logique des évènements, par le comportement des divers acteurs. »

Fernando Carrión a découvert que le développement de l'économie illicite dans les régions frontalières provient d'un manque d'intégration entre les pays voisins, qui crée ce qu'il appelle «  des asymétries complémentaires » dans les politiques économiques et juridiques. « Deux pays possédant différentes politiques économiques engendrent, par la contrebande, des économies illégales », explique-t-il.

Mais le problème se limite rarement à une seule frontière entre deux pays. Il est mondial, puisque les « produits » faisant l'objet de ces trafics — drogues, armes, êtres humains, pour ne nommer que ceux-là — alimentent les économies illégales internationales. « Le système entier est relié à des questions mondiales », déclare Markus Gottsbacher. Dans le but d'obtenir une perspective internationale du problème, le projet de Fernando Carrión fait appel à des chercheurs et des responsables des politiques de huit pays d'Amérique latine : Argentine, Brésil, Bolivie, Colombie, Équateur, Guatemala, Mexique et Pérou.

Il ne s'agit pas uniquement de décrire ce qui se passe aux frontières, mais aussi de concevoir des projets visant à améliorer la situation. Pour lutter contre la violence associée aux économies illégales des frontières, Fernando Carrión et ses collègues tentent de renforcer les liens internationaux et la coopération entre les pays. « Il est très difficile pour un pays de s'attaquer seul à ces problèmes », fait-il observer.

L'équipe travaille de concert avec le procureur général de la Cour criminelle internationale d'Amérique du Sud pour mettre sur pied une organisation des villes frontalières d'Amérique latine et pour créer un réseau d'institutions et de chercheurs de la région qui échangeraient leurs idées et leurs solutions. « Il vous faut de bons alliés au niveau régional et national pour faire face à ces problèmes », dit Markus Gottsbacher.

Tous ces projets se concentrent sur ce que Fernando Carrión appelle « une action positive », c'est-à-dire sur les moyens d'améliorer la coopération, l'intégration et la compréhension entre les populations de part et d'autre des frontières, plutôt que sur un durcissement des lois et des actions des forces de l'ordre. « Avec ce projet, on tente d'améliorer la gouvernance des frontières en insistant moins sur les questions de sécurité nationale, explique Markus Gottsbacher, et plus sur les moyens de collaborer de façon positive. »

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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