Agriculture et environnement

Halte au gaspillage


Comment un composé naturel appelé hexanal contribue à empêcher le pourrissement des lucratives récoltes de fruits en Inde


Affiché par Brian Owens le 4 mai 2018

Un paysan pulvérise de l’hexanal sur ses manguiers. L’hexanal est un composé naturel utilisé en Inde pour empêcher les récoltes de fruits de pourrir. (Photo : Vijay Kutty/CRDI)

L’Inde occupe le deuxième rang mondial des producteurs de fruits et légumes tropicaux, mais un fort pourcentage des récoltes, pouvant atteindre 40 %, se gaspille avant d’atteindre le consommateur en raison du pourrissement des fruits à la ferme, dans les entrepôts ou pendant le transport.  

Les mangues, par exemple, peuvent être une culture lucrative, mais la récolte entière a tendance à mûrir en un très court laps de temps. Cela crée une soudaine surabondance sur les marchés, ce qui entraîne une baisse des prix et le pourrissement des fruits excédentaires. « Le fruit est prêt sur l’arbre, mais il n’y a aucun moyen de le transporter au marché », dit Jayasankar Subramanian, biotechnologue en agriculture de l’Université de Guelph.

Pour réduire les pertes et améliorer la vie des agriculteurs, des chercheurs de la Tamil Nadu Agricultural University et de l’Université de Guelph, au Canada, s’attachent à trouver des façons d’utiliser une substance naturelle appelée hexanal afin de ralentir le mûrissement et d’avoir plus de fruits sur le marché. « Si nous pouvons donner aux producteurs une fenêtre plus large, cela stabilisera les prix et laissera une marge de manœuvre plus grande pour l’empaquetage et le transport », explique Jayasankar Subramanian. Cette recherche bénéficie du financement conjoint du CRDI et d’Affaires mondiales Canada par l’entremise du Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale.

En 2012, Jayasankar Subramanian et K.S. Subramanian (aucun lien de parenté), biochimiste à la Tamil Nadu Agricultural University, ont commencé à faire l’essai de l’hexanal en Inde, sur des fruits comme les mangues et les bananes. Certaines variétés de mangues traitées à l’hexanal ont pu être cueillies trois semaines plus tard que d’ordinaire et, une fois récoltées, ont duré trois semaines de plus que les fruits non traités. Ce retard a procuré un immense avantage aux agriculteurs participants. Au lieu de récolter en même temps que tout le monde, alors que les prix étaient bas, ils ont pu attendre que la surabondance prenne fin et que les prix grimpent. « Plus longtemps vous pouvez garder vos fruits sur l’arbre, plus cher vous les vendez », résume K.S. Subramanian. Pour chaque journée supplémentaire sur l’arbre, les producteurs ont gagné 1000 roupies de plus par acre (0,40 hectare).

Cette vidéo décrit de quelle façon l’hexanal est utilisé en Inde pour réduire le pourrissement des récoltes de fruits. (Vidéo : Vijay Kutty et Bartay/CRDI)

Les fruits traités s’attachent plus fermement à l’arbre, ce qui réduit les pertes en cas de pluie ou de vent violent, et sont aussi moins vulnérables aux nuisibles et aux maladies, ce qui fait passer la quantité de fruits rejetés de 50 % à moins de 10 %. Parce qu’il retient mieux ses fruits, un arbre traité produit de cinq à six kilogrammes de fruits de plus qu’un autre. Les bananes sont un cas particulier, car leur peau épaisse et cireuse rend inefficace la pulvérisation sur l’arbre. Mais le fait de les tremper dans l’hexanal après la récolte permet de prolonger leur fraîcheur de plusieurs semaines.

La recherche touchait 4000 exploitations agricoles de l’État du Tamil Nadu, dont 70 % étaient des exploitations marginales ou très petites de moins de deux hectares. Selon K.S. Subramanian, la technique a connu un franc succès auprès des producteurs, puisque 70 % d’entre eux ont affirmé qu’ils aimeraient continuer d’y avoir recours.  

Les chercheurs tentent actuellement d’enclore l’hexanal dans de petits pores de nanoparticules, que l’on pourrait mettre dans un sac à l’intérieur des cagettes de fruits (un peu comme les sachets de déshydratant dans les boîtes de chaussures). On pourrait aussi concevoir un autocollant que l’on apposerait sur le fruit après la récolte et qui libèrerait le produit pendant le transport, de manière à conserver le fruit plus longtemps. « Cela pourrait considérablement ralentir le processus de mûrissement », explique Jayasankar Subramanian.

Selon K.S. Subramanian, la technique de la pulvérisation et du trempage commence à être acceptée par les organismes de règlementation en Inde et au Sri Lanka, où elle sera bientôt commercialisée; le travail se poursuit en ce qui concerne les nanoparticules. Jayasankar Subramanian pense obtenir l’approbation en Amérique du Nord d’ici 18 mois; au Costa Rica et au Guatemala, elle devrait être accordée en 2019. Les chercheurs espèrent étendre l’utilisation de l’hexanal à l’Afrique.

Cette recherche pourrait avoir des effets sur la santé également. Comme une grande partie de la récolte se perd, les habitants de l’Inde et de l’Afrique ne consomment qu’une petite quantité des fruits et des légumes qu’ils produisent. L’hexanal contribuerait à améliorer non seulement les perspectives économiques des agriculteurs, mais aussi le régime alimentaire de la population locale.  

« Si nous pouvons éviter jusqu’à 50 % des pertes, selon les récoltes, cela se traduira par plusieurs milliards de dollars de plus dans l’économie mondiale et par davantage d’aliments sur la table », déclare Jayasankar Subramanian.

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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