Technologie et Innovation

L’homme qui modernise la démarche visant la qualité de l’eau au Brésil


Comment la recherche d’Adalto Bianchini aide le plus grand pays d’Amérique du Sud à réviser sa règlementation relative à une de ses ressources les plus précieuses.


Affiché par Brian Banks le 20 septembre 2017

Des membres de l’équipe de recherche d’Adalto Bianchini examinent des échantillons extraits de l’océan Atlantique pour déterminer les dégâts environnementaux causés par la catastrophe minière de Samarco en 2015. Cette recherche aide le Brésil à réviser sa règlementation sur la qualité de l’eau. (Photo: Fernando Moraes/Rede Abrolhos)

Le 5 novembre 2015, dans le district de Bento Rodrigues de l’État de Minas Gerais au sud-est du Brésil, l’immense barrage retenant les résidus de minerai de fer de la mine Samarco céda. La dévastation des lieux fut immédiate. Quelque 62 millions de m3 de déchets métalliques dangereux et un mur de boue se déversèrent dans le fleuve Doce, inondant un village et tuant 19 personnes.

Puis, ce mélange de boue et de résidus miniers s’écoula en aval, semant la désolation sur son passage et causant la pire catastrophe écologique de l’histoire du Brésil. En deux semaines, cette matière toxique atteignit l’estuaire dans l’État d’Espirito Santo, quelque 650 km au nord-est de Rio de Janeiro pour se répandre dans l’océan Atlantique. 

C’est alors qu’Adalto Bianchini reçut un appel de l’Institut Chico Mendes pour la conservation de la biodiversité, une agence indépendante liée au ministère brésilien de l’Environnement. Professeur à l’Institut de sciences biologiques de l’Université fédérale de Rio Grande de l’État de Rio Grande do Sul, Bianchini est reconnu comme le plus grand toxicologue aquatique et le meilleur spécialiste de la surveillance de l’eau du pays. Incidemment, les principaux aspects de son domaine de compétence et d’influence découlent d’un projet de recherche du Centre de recherches pour le développement international qui vient tout juste de se terminer après sept ans et demi d’efforts. 

Ce travail comportait deux applications connexes : élaborer des modèles de pointe pour prédire les niveaux de métaux toxiques dans les eaux côtières du Brésil; repérer et surveiller les biomarqueurs appropriés (réactions biologiques aux conditions de l’environnement au niveau des cellules et des tissus) parmi les espèces aquatiques pour déterminer le moment où on atteint le seuil d’une contamination dangereuse. Ces outils peuvent servir à élaborer des stratégies de gestion en vue de guider le développement industriel et l’utilisation sûre de l’eau — exactement ce que l’Institut Chico Mendes pour la conservation de la biodiversité demandait à Bianchini pour le littoral maintenant pollué du pays.

Le chercheur analysa l’eau et décela des taux élevés de contamination aux métaux dans une importante zone de pêche. Le gouvernement réagit en fermant les côtes et l’estuaire de l’État d’Espirito Santo à la pêche jusqu’à ce que de nouvelles analyses du même groupe de recherche déterminent la salubrité de la zone.

Selon le biologiste Chris Wood, partenaire canadien d’Adalto Bianchini au CRDI, la responsabilité et la reconnaissance dont jouit son collègue révèlent un accomplissement plus vaste. «  Ce qu’Adalto a réalisé, c’est en fait d’établir les bases d’une démarche scientifique et moderne relativement à la qualité de l’eau au Brésil », explique cet ancien détenteur d’une Chaire de recherche du Canada en environnement et communication des risques pour la santé de l’Université McMaster et maintenant professeur auxiliaire au département de zoologie de l’Université de la Colombie-Britannique.

Dans la majeure partie du monde développé, on utilise largement la modélisation de la toxicité et les biomarqueurs pour établir les politiques touchant l’eau et la règlementation sur la pollution. Selon Adalto Bianchini, ce n’est pas le cas au Brésil. «  La démarche de règlementation ici ne s’appuie que sur les concentrations en polluants dans l’eau. Cela entraîne souvent des situations où nous avons une mortalité massive de poissons sans pourtant que les analyses chimiques ne décèlent un dépassement des seuils permis. »

Cette lacune a motivé la recherche qu’Adalto Bianchini a effectuée pour le CRDI. « Nous voulions élaborer des biomarqueurs pour montrer qu’il fallait absolument intégrer des éléments biologiques dans les règlements », explique-t-il.

Dans ses travaux de modélisation, il a fait appel au modèle du ligand biotique, un outil très utilisé en toxicologie aquatique pour examiner les métaux dans l’eau et déterminer la probabilité qu’ils s’accumulent à des niveaux mortels dans les poissons et les autres organismes. « Pendant plusieurs années, nous avons fait des expéditions pour collecter des échantillons à différents sites du sud du pays en vue de trouver les meilleures espèces de surveillance, raconte-t-il. À partir de celles-ci, nous avons sélectionné les meilleurs biomarqueurs de la contamination aux pesticides, aux hydrocarbures, aux métaux et aux produits de soins personnels, une nouvelle classe de polluants. »

Le professeur a fait connaître ses résultats aux représentants du gouvernement. Son but : se servir de ses recherches pour réviser la règlementation sur l’analyse de l’eau et les lignes directrices en planification et en développement.

Le secrétariat de l’environnement de sa municipalité de Rio Grande a été le premier à modifier ses règles. « Nous avons tenu notre atelier final en avril avec les dix municipalités qui couvrent les trois principaux bassins versants du sud du Brésil, soit environ 700 km sur 700 km », explique-t-il.

Selon le chercheur, plusieurs grandes entreprises ont accepté de mettre à l’essai sa démarche. Il s’agit notamment de CORSAN, la société d’État qui assure l’approvisionnement en eau de l’État du Rio Grande do Sul, et de Petrobras, la multinationale pétrolière du Brésil.

Finalement, ce dont il est en quelque sorte le plus fier : les effets qu’a eus son travail financé par le CRDI sur l’enseignement et la formation des étudiants brésiliens ainsi que sur le renforcement des compétences locales en vue d’utiliser et de faire progresser ses recherches scientifiques et leurs applications. «  Nous avons maintenant une nouvelle génération qui se préoccupe davantage de la préservation de l’environnement et de la protection des systèmes aquatiques, dit-il. Et ces jeunes sont aussi plus outillés. »

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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