Agriculture et environnement

Les insectes révolutionnent la nourriture pour animaux


Longtemps considérés comme des nuisances, les insectes figurent maintenant au menu d’élevages de poissons et de volailles au Kenya et en Ouganda, où les scientifiques cherchent une façon plus économique et plus saine de favoriser la croissance des animaux d’élevage tout en contribuant à l’essor de l’économie locale.


Affiché par Brian Owens le 22 mars 2017

Des mouches soldats noires adultes sur une plante au Centre international de physiologie et d’écologie des insectes de Nairobi, au Kenya. Les scientifiques de l’établissement se penchent sur l’utilisation possible d’insectes comme ces mouches pour nourrir les poissons et les volailles. (Photo : Avec l’aimable permission du Centre international de physiologie et d’écologie des insectes de Nairobi)

En Afrique, l’élevage de volailles ou de poissons peut devenir une entreprise très onéreuse, car l’alimentation des bêtes accapare de 60 à 70 % des coûts de production.

« Ici, les prix élevés de la nourriture pour animaux peuvent décourager les exploitants à utiliser des aliments de bonne qualité, explique Komi Fiaboe, entomologiste agricole au Centre international de physiologie et d’écologie des insectes à Nairobi, au Kenya.

L’élément le plus cher de la nourriture pour animaux est la source de protéine, qu’apportent normalement le soja importé ou une combinaison de farine de poisson locale et importée, dont le prix a doublé au cours des dernières années. Voilà pourquoi, en Ouganda et au Kenya, les chercheurs tentent d’élaborer un aliment de remplacement local plus économique qui permettrait à la fois de réduire le coût des aliments pour animaux et d’ouvrir de nouvelles possibilités économiques dans la région : les insectes offrent une avenue.

Mais les chercheurs doivent au préalable résoudre trois problèmes : prouver que les insectes sont au moins aussi nutritifs que les aliments protéinés existants; montrer qu’il est possible de produire suffisamment d’insectes pour répondre à la demande; s’assurer que les règlements en vigueur permettent le recours aux insectes dans l’alimentation des animaux d’élevage.  Komi Fiaboe et ses collègues s’emploient à répondre à ces questions.

Une fois qu’on a fait bouillir et griller les insectes pour éliminer les éventuels microbes, on les réduit en farine et on les ajoute aux autres ingrédients formant la nourriture pour animaux. Ils constituent alors une excellente source de protéine. « La plupart des farines d’insectes ont une teneur plus élevée en protéine et des protéines de meilleure qualité que la farine de poisson », déclare Komi Fiaboe. Il précise que les insectes contiennent aussi plus d’acides gras, ce que l’on considère comme un avantage nutritionnel.

Mise à l’essai dans des élevages de poisson et de volaille, cette nourriture d’insectes s’est révélée remarquable : les tilapias élevés avec une nourriture dont 33 % des protéines provenaient d’insectes affichaient, au bout de quatre semaines, des taux de croissance plus élevés que les poissons nourris aux aliments classiques. Selon Komi Fiaboe, les poules élevées à la nourriture d’insectes produisaient des œufs de meilleure qualité et en plus grand nombre.

Ces résultats ne mèneront nulle part si les éleveurs ne peuvent obtenir suffisamment d’insectes. Au Kenya par exemple, il faudrait, chaque année, 50 000 tonnes métriques d’insectes pour remplacer 30 % des protéines présentes dans la nourriture des poissons et de 27 000 à 32 000 tonnes métriques pour substituer 5 % des protéines de la moulée à volaille.

Komi Fiaboe et ses collègues sont donc à pied d’œuvre pour trouver les moyens de produire beaucoup d’insectes dans un espace réduit. L’espèce qu’ils considèrent pour l’instant comme la plus prometteuse est la mouche soldat noire. Cet insecte présente le triple avantage d’être le choix le plus nutritif pour les poissons et les volailles, de se reproduire rapidement et d’être facile à élever. Une structure grillagée de 10 m x 5 m où l’on empile des casiers de larves peut produire 2 tonnes métriques d’insectes par mois.

Un membre du personnel du Centre international de physiologie et d’écologie des insectes examine les casiers de larves de mouches soldats noires qui seront utilisées pour nourrir poissons et volailles. (Photo : Avec l’aimable permission du Centre international de physiologie et d’écologie des insectes de Nairobi)

Cette mouche a aussi d’autres avantages : elle n’est pas une espèce nuisible qui propagerait des maladies aux animaux ou aux récoltes et peut être élevée avec des déchets d’orge des brasseries. Elle n’entre donc pas en compétition avec les humains ou les animaux d’élevage pour se nourrir. Komi Fiaboe s’intéresse aussi à d’autres espèces, comme la pupe des vers à soie dont on se débarrasse normalement après avoir prélevé le cocon, ainsi que les grillons.

Le fait que l’élevage de ces insectes requiert un espace relativement restreint offrirait des occasions économiques aux femmes et aux jeunes. « Les femmes et les jeunes ont un accès limité à la terre, donc une activité nécessitant peu d’espace peut représenter une énorme possibilité d’emploi pour les jeunes, explique Jemimah Njuki, spécialiste de programme principale au Centre de recherches pour le développement international, qui cofinance l’étude de Komi Fiaboe de concert avec le Centre australien pour la recherche internationale en agriculture.

Les entreprises de nourriture pour animaux ont manifesté leur enthousiasme à utiliser de la farine d’insectes dans leurs produits, indique Komi Fiaboe. Ils attendaient qu’on leur montre que les insectes présentent un bon potentiel nutritif et que les règlements le leur permettent. Dans bien des endroits, les insectes sont considérés comme des impuretés, mais aucun règlement ne régit leur utilisation dans la nourriture pour animaux au Kenya ou en Ouganda.

Les responsables de ce projet ont travaillé avec les bureaux nationaux des normes de l’Ouganda et du Kenya pour élaborer des directives concernant l’emploi d’insectes dans la nourriture pour animaux. Si ce processus de normalisation se passe bien et si l’on réussit à accélérer la production d’insectes aux niveaux requis, la nouvelle nourriture pour animaux pourrait être en vente dans les deux pays dans une année ou deux. « L’idée est de faire avancer l’aspect scientifique et le processus de normalisation d’un même pas, explique Jemimah Njuki, afin que les règlements soient en place lorsque la technologie est prête. »

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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