Économies inclusives

Mettre un terme au mariage des enfants


Des jeunes filles de l’Afrique de l’Ouest défendent leurs droits et aident leur collectivité en changeant les perspectives culturelles sur le mariage des enfants


Affiché par Alanna Mitchell le 19 septembre 2018

Trois femmes tiennent une affiche faisant la promotion du mariage civil, lors d’un forum sur le mariage des enfants avec des chefs traditionnels et religieux à Sokodé, au Togo. (Photo : WiLDAF)

Si vous étiez une femme au Niger ou au Mali, vous auriez plus probablement été mariée durant l’enfance qu’à l’âge adulte.

Au Niger, un pays enclavé de l’Afrique de l’Ouest, 76 % des filles sont mariées avant d’avoir atteint l’âge de 18 ans. Dans le Mali voisin, cette proportion est de 61 %. Selon Ramata Thioune, spécialiste de programme principale au Centre de recherches pour le développement international à Nairobi, au Kenya, les filles n’ont souvent pas plus de 13 ans et parfois même 10 ans au moment du mariage.

Le Niger et le Mali ne sont pas les seuls en cause. Six des dix pays qui arrivent en tête pour le mariage de très jeunes filles se trouvent en Afrique de l’Ouest, explique Mme Thioune.

Il y a une nouvelle encourageante. D’après un rapport de l’UNICEF publié en 2017, le taux de mariage des enfants, même s’il est encore élevé, a chuté d’un cinquième depuis 1990, en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.

Mais la croissance de la population est telle dans ces régions que le nombre de filles augmente, et par conséquent celui des enfants mariées. En 2050, le nombre de filles de moins de 18 ans atteindra 250 millions, soit plus de trois fois le chiffre de 1990.

Même avec la baisse du taux de mariage précoce, le nombre de fillettes mariées demeurera très élevé.

Les dangers physiques sont bien connus, indique Mme Thioune. Beaucoup de filles tombent enceintes rapidement. Comme elles ne sont pas toujours entièrement développées, le taux de mortalité maternelle et infantile est élevé. Les complications obstétriques sont courantes.  

De plus, quand les filles se marient très tôt, elles quittent l’école, ce qui réduit considérablement leur capacité à gagner leur vie. Elles sont des laissées-pour-compte de l’économie. Tout comme leur famille, leur collectivité et leur nation.

Comment s’attaquer à une question si épineuse ?

Financé par le CRDI à hauteur de 1,1 million de dollars sur trois ans, un projet mené en collaboration avec l’organisme Women in Law and Development in Africa (WiLDAF) vise à remédier au problème en enseignant aux filles du Niger, du Mali et du Togo à défendre leur propre cause.

L’idée consiste à les informer sur leurs droits à titre de femmes et d’êtres humains et à améliorer leur capacité d’agir. « Si nous parvenons à autonomiser les filles, elles pourront prendre des initiatives et combattre le mariage précoce dans leur collectivité et leur pays », explique Kafui Adjamagbo-Johnson, coordinatrice de WiLDAF pour l’Afrique de l’Ouest, qui gère ce projet.

Les résistances sont considérables, car le programme touche au cœur de la perception des femmes dans les collectivités. Selon les croyances traditionnelles, les femmes sont là pour servir les hommes, poursuit Mme Adjamagbo-Johnson. Plutôt qu’une affaire d’amour, le mariage est un accord entre deux familles qui a souvent pour but un gain économique. Comme le mari doit assurer la subsistance de son épouse et de sa famille, certains considèrent le mariage précoce comme une façon de s’extirper de la pauvreté. De plus, quand une fille se marie, sa famille économise les coûts de l’école.  

Le fait de prendre connaissance de leurs droits a transformé beaucoup de participantes au projet pilote, raconte Mme Adjamagbo-Johnson. Les filles ont accueilli avec enthousiasme l’idée qu’elles pouvaient rester à l’école, recevoir une formation et trouver du travail avant de se marier. Cela leur a donné confiance.

Elles ont aussi appris à déterminer quelles personnes influentes, au sein de la collectivité, renforcent l’opinion que les filles doivent se marier jeunes. Il s’agit souvent d’hommes de la famille ou de la sœur aînée du père. Dans bien des cas, ce sont aussi les chefs traditionnels ou religieux du village.

Il a fallu enseigner aux filles comment changer ces mentalités. Les leçons ont duré des mois.

Les chefs de projet de chaque collectivité ont appris aux jeunes filles à parler aux personnes en position de pouvoir. Les filles sont allées ensuite dans des villages pour aiguiser leur aptitude à la communication, faisant appel à la parole et à l’image pour défendre leur point de vue.

Certaines d’entre elles ont fini par obtenir des rencontres avec les chefs traditionnels de leur collectivité pour leur exposer les avantages d’un mariage plus tardif. Plusieurs ont assisté à une réunion de haut niveau au Sénégal afin de plaider en faveur du mariage à l’âge adulte, et quelques-unes sont même allées à New York pour faire valoir leur cause à une réunion de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies.

« Elles font bien leur travail et les gens les écoutent », déclare Mme Adjamagbo-Johnson.

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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