Technologie et Innovation

Le Myanmar, un pays branché


Myanmar est en train de combler rapidement le retard qu’il accusait depuis des années par rapport aux autres pays asiatiques en matière d’information et de technologie des communications.


Par Niki Wilson le 21 septembre 2016

Des moniales bouddhistes se photographiant à Myanmar en 2015. Myanmar a rapidement développé sa liaison numérique avec le reste de l’Asie et le monde au cours des dernières années. En 2013, environ 10 % de la population possédait un téléphone comparativement à 90 % aujourd’hui. (Photo : Avec la gracieuse permission de LirneAsia)

Aung San Suu Kyi est une célèbre activiste des droits de la personne : elle a dirigé l’opposition à la junte militaire qui avait pris le pouvoir en Birmanie (aujourd’hui Myanmar) en 1962. Elle fait partie des fondateurs de la Ligue nationale pour la démocratie du pays et s’est battue pour l’établissement d’un gouvernement civil. Prisonnière politique des militaires en 1989, elle a été assignée à résidence pendant 15 des 21 années suivantes. Elle a été relâchée en 2010, alors que le Myanmar s’ouvrait lentement à la démocratie.

Alors que, dans le reste du monde, il suffisait d’une simple recherche Google pour suivre la carrière politique d’Aung San Suu Kyi, peu de gens au Myanmar avaient la possibilité d’obtenir des informations sur elle par voie électronique. Les restrictions imposées par l’État sur les communications et l’absence de réforme dans le secteur des télécommunications ont laissé le Myanmar dans un vide numérique pendant des années et ont privé les citoyens des possibilités de s’instruire et de faire des affaires qu’offre le Web. Les militaires au pouvoir n’ont pas réussi à développer leur capacité en matière de communications alors que de nombreux pays asiatiques faisaient des pas de géant en ce domaine.

En 2004, alors que les réseaux à large bande étaient facilement accessibles dans la Chine voisine au prix de 9,66 $ US par mois et au Sri Lanka pour 21, 71 $ US, il en coûtait 4794 $ US par mois au Myanmar pour un réseau à bas débit. De plus « il fallait débourser 2500 $ US uniquement pour acheter une carte SIM », rappelle Rohan Samarajiva, président de LirneAsia, un groupe de réflexion sur les politiques et la règlementation en matière de technologies de l’information et des communications (TIC) situé à Colombo, au Sri Lanka.

Cet obstacle touchant les TIC, en particulier en ce qui concerne les possibilités au sein de l’économie mondiale, constitue l’une des nombreuses raisons pour lesquelles ce pays autrefois prospère demeure sur la liste des « pays les moins développés » des Nations Unis depuis 1987. Mais après 2010, les choses ont commencé à évoluer. Selon Rohan Samarajiva, dans le cadre de sa transition vers la démocratie, le gouvernement du Myanmar a entrepris des réformes visant à reconstruire l’économie, autrefois florissante, du pays.

« Le secteur des télécommunications était un bon moyen d’obtenir des résultats rapides pour les gens », dit-il. LirneAsia, de concert avec Centre  pour l’internet et la société de l’Inde, a aidé le Myanmar à opérer la transition vers une économie réseautée et inclusive. En étroite collaboration avec l’organisation de développement des TIC du Myanmar (MIDO) et avec l’appui de donateurs comme le Centre de recherches pour le développement international du Canada (CRDI), LirneAsia aide le Myanmar à renforcer ses compétences en TIC en se fondant sur « l’apprentissage par l’action », explique Rohan Samarajiva.

Dans certains cas, cela implique de consulter le gouvernement sur la façon de gérer des entreprises pour mettre sur pied et partager les infrastructures et les produits de communication. Dans d’autres cas, LirneAsia effectue des sondages à grande échelle et des projets de recherche (une étude comptait 4 000 participants) pour évaluer les progrès du développement des TIC, pour proposer des politiques pertinentes et pour instaurer une responsabilisation du gouvernement. Les programmes de recherche visent aussi à fournir des occasions de mentorat afin que, lorsqu’elle sera prête, une organisation comme MIDO puisse faire la même chose.

Grâce à ces collaborations, le Myanmar a rapidement adopté la technologie cellulaire. En 2013, environ 10 % de la population avait des téléphones comparativement à 90 % aujourd’hui. Le Myanmar a allègrement sauté l’étape « téléphone seulement », courante dans de nombreux pays en développement, puisque 63 % des usagers possèdent un téléphone intelligent. « Je n’ai pas souvent vu un secteur des télécommunications croître aussi rapidement et je suis dans ce domaine depuis plus de 30 ans », ajoute Rohan Samarajiva.

Les répercussions d’une société branchée commencent à se faire sentir. « Un des effets les plus marquants a été lors des élections », fait observer Rohan Samarajiva en se référant aux élections de novembre 2015, où Aung San Suu Kyi et la Ligue nationale pour la démocratie ont remporté la majorité. Il existait des applications qui permettaient aux gens de tous le pays de surveiller les fraudes, explique Rohan Samarajiva, ce qui a rendu difficile la remise en cause les résultats.

Phyu Phyu Thi, gestionnaire de la recherche et du développement au MIDO, travaille avec LirneAsia pour collecter des données sur le terrain. Elle a constaté les bienfaits de la connectivité. Par exemple, pendant les inondations qui ravagent régulièrement les campagnes, les villageois en détresse peuvent facilement demander de l’aide aux voisins et aux services d’urgence, ce qui a amélioré en retour la qualité des secours. Elle cite un autre exemple, celui des jeunes dans les zones rurales qui tentent de surmonter leur faible niveau de littératie et d’améliorer leur avenir en apprenant l’anglais avec leur téléphone intelligent.

Aung San Suu Kyi a dit : « Si vous ne faites rien, vous n’obtiendrez rien. » Le Myanmar fait beaucoup pour développer une société branchée. Les premiers résultats indiquent que ses efforts n’ont pas été vains.

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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