Agriculture et environnement

S’adapter à une nouvelle réalité environnementale au Maroc


Comment un projet encourage une région de l’Afrique du Nord à innover pour pallier les effets des changements climatiques.


Affiché par Alanna Mitchell le 19 juillet 2016

Restaurants and cafés au bord de l’Ourika au Maroc au printemps et en été (à gauche). Mais en temps de crue, le flux puissant de cette rivière peut se révéler dangereux et endommager maisons, commerces et infrastructures (à droit). Le projet GIREPSE vise à enseigner aux populations à s’adapter à ces changements dont beaucoup sont liés au réchauffement climatique. (Photos : Avec l’aimable permission du GIREPSE)

Dix femmes sachant à peine lire et écrire. Six villages éloignés et pauvres nichés dans le Haut Atlas marocain près de Marrakech. Une augmentation des crues-éclair qui contaminent l’eau pendant des jours. Des villageois vulnérables, notamment les enfants et les vieillards, qui tombent malades en buvant cette eau impropre.

Comment aider ces populations ? On a eu l’idée de donner à dix femmes des tablettes électroniques, une connexion Internet et une page Facebook réservée et de leur apprendre à échanger.

Pourquoi des femmes ? Parce que, dans les faits, ce sont elles les chefs de famille : elles gagnent leur vie en tenant de petits restaurants, en cultivant la terre ou en occupant des emplois temporaires pendant que leurs maris travaillent à Marrakech. Lorsque les crues se produisent, ce sont elles qui doivent faire face à leurs terribles conséquences. Et elles le font avec courage et créativité, selon Diane Pruneau, professeure et éducatrice environnementale à l’Université de Moncton, qui a élaboré le projet Facebook avec son équipe.

Les chercheurs ont appris aux femmes à utiliser l’ordinateur, à prendre des photographies et des vidéos et à les afficher avec des commentaires. Ils ont choisi Facebook en raison de son utilisation facile. Avant la formation, les femmes ne se connaissaient pas, même si toutes vivaient dans la vallée de l’Ourika.

Au cours d’une récente crue, alors que le niveau de l’eau s’élevait et mettait en péril les villages, les femmes ont mis au point un système pour s’avertir du danger. Celles qui se trouvaient en amont ont affiché des photos, des vidéos et des commentaires en vue de faire connaître la situation aux villageoises en aval.

Après l’inondation, elles ont élaboré leurs propres systèmes de filtration d’eau avec du sable, des roches ou du tissu. Elles ont pris des photos et ont transmis l’information aux autres grâce à Facebook. Elles ont trouvé moyen de gérer les rares ressources en eau et elles explorent de nouvelles façons de protéger leurs maisons pendant les inondations. Elles transmettront toutes cette information aux autres villageois.

Le projet Facebook de Diane Pruneau s’inscrit dans un programme de trois ans doté d’un budget de 650 000 $. Intitulé Gestion intégrée des ressources en eau et paiement des services environnementaux (GIREPSE), ce projet bénéficie du financement du Centre de recherches pour le développement international et vise à aider les populations vulnérables du Haut Atlas à faire face aux effets des changements climatiques et autres types de dégradation environnementale.

Selon Abdellatif Khattabi, président de l’Association marocaine des sciences régionales qui dirige ce projet, ces problèmes se multiplient. Les changements climatiques touchent déjà le Maroc, qui connaît davantage de sècheresses. Les pluies, rares et violentes, engendrent de vastes torrents que la terre est moins en mesure d’absorber. En plus, les précipitations sont moins prévisibles qu’avant et la température de l’air est plus élevée.

Par ailleurs, sur les collines qui alimentent le bassin hydrographique, la déforestation et les activités agricoles se sont intensifiées, tandis que les pratiques de gestion des terres n’ont pas suivi le mouvement. Cela exacerbe les inondations, explique Heidi Braun, le responsable du programme pour le CRDI. Les méga-inondations qui survenaient autrefois une fois ou deux par siècle sont aujourd’hui beaucoup plus fréquentes.

La pression s’accroît aussi sur les rares ressources en eau. La population de Marrakech augmente; les touristes affluent dans la vallée de l’Ourika en été et en hiver; l’industrie et l’agriculture consomment davantage d’eau. Et pour couronner le tout, les analystes prédisent qu’avec l’intensification des changements climatiques, la région recevra moins de pluie chaque année, mais plus d’orages catastrophiques, tandis que la température continuera de grimper et de causer une évaporation accrue.

Le projet GIREPSE explore un ensemble de mécanismes novateurs pour faire face à ces problèmes. Les touristes ne pourraient-ils, par exemple, payer une petite taxe environnementale pour contribuer à la conservation de l’eau ? Ne pourrait-on pas encourager certaines pratiques agricoles comme la culture en terrasses pour réduire l’érosion ?  Les villageois ne pourraient-ils pas conserver eux-mêmes leur récolte de fruits afin de pouvoir en tirer un meilleur prix tout au long de l’année ?

Selon Abdellatif Khattabi, le groupe Facebook a été un premier pas très fructueux qui a permis aux villageois de s’adapter aux changements. De concert avec Diane Pruneau, il attire l’attention sur les effets bénéfiques inattendus du projet qui dépassent l’adaptation aux changements climatiques. En communiquant entre elles, les femmes ont commencé à croire en l’importance de leurs observations et même de leurs opinions sur les inondations. Elles ont pris plaisir à se faire entendre. Elles se sont mises à échanger sur d’autres problèmes auxquels elles sont confrontées. Ce qui est sans doute le plus important, c’est qu’elles ont pris conscience que, par leurs actions, elles ont le pouvoir d’améliorer leur sort et celui de leur famille.

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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