Agriculture et environnement

Poisson pour la vie


Comment faire aimer le poisson aux Boliviens


Affiché par Brian Owens le 21 avril 2016

Un pêcheur bolivien sur une rivière tributaire de l’Amazone revient de la pêche avec sa prise : une paiche. (Photo : Fernando M. Carvajal-Vallejos)

En Bolivie, on mange peu de poisson. Même si le pays possède de nombreux lacs et cours d’eau, on y enregistre le plus faible taux de consommation de poisson par habitant en Amérique du Sud.

Pourtant, le poisson local collecté de façon durable pourrait représenter une source appréciable de protéine et permettre de réduire l’insécurité alimentaire tout en fournissant une nouvelle source de revenus pour les populations rurales pauvres. C’est pourquoi le Centre de recherches pour le développement international et Affaires mondiales Canada ont fait équipe avec des universitaires et des ONG au Canada et en Bolivie dans le cadre du projet Peces Vida [Poisson pour la vie] qui vise à encourager l’utilisation durable des ressources en poisson du pays par la pêche et l’aquaculture.

« Nous voulons construire la chaîne de valeur qui amène les gens à consommer davantage de poisson et qui apporte plus de poisson sur le marché, explique Joachim Carolsfeld, directeur général de World Fisheries Trust, qui fait partie des chefs du projet.

Le projet vise à accroître la consommation de poisson en développant la pêche à l’Arapaima gigas, une espèce envahissante appelée communément « paiche »,et en créant de petites exploitations d’aquaculture du poisson indigène connu sous le nom de pacu.

La paiche est un poisson indigène du cours inférieur de l’Amazone, mais il a été introduit dans le cours supérieur du fleuve il y a une quarantaine d’années alors que ces poissons ont été libérés dans la nature à la suite de l’échec d’un projet d’aquaculture péruvien. Joachim Carolsfeld explique que cette espèce s’est alors multipliée dans le cours supérieur du fleuve. Avec une gestion durable, ce poisson monstrueux, qui peut atteindre trois mètres de longueur, peut offrir de nouvelles possibilités et de nouveaux marchés.

Avec le paiche, l’avantage est qu’il s’agit d’une nouvelle activité dont on peut repenser la chaîne de production. Actuellement, la plupart des sommes tirées de la pêche en Bolivie vont dans les mains des intermédiaires plutôt que des pêcheurs. M. Carolsfeld et ses collègues boliviens tentent de négocier des arrangements plus équitables pour la pêche à l’Arapaima gigas. « Le problème, c’est que nous avons affaire à un statu quo social bien établi, explique-t-il. Nous devons gérer non seulement les ressources mais aussi les façons de penser. »

Dans d’autres parties de l’Amazonie bolivienne, le projet consiste à encourager les gens à élever le pacu, un genre de piranha géant végétarien, dans des bassins de terre. Dans certaines régions, il existe une tradition d’élevage du poisson par les femmes. Le but est donc d’étendre cette pratique à d’autres zones afin de procurer un moyen de subsistance aux collectivités rurales. Mark Flaherty, géographe de l’Université de Victoria, qui fait partie de l'équipe du projet, travaille de concert avec la banque de développement rural de la Bolivie, CIDRE, pour instaurer des prêts et d’autres produits financiers susceptibles d’aider les gens à créer de petites exploitations d’aquaculture dans leur collectivité. « Nous vérifions que les gens sont vraiment intéressés. Nous voulons savoir ce dont ils ont besoin pour commencer et si le crédit est un problème », explique-t-il.

On souhaite également constituer des compétences techniques locales plutôt que de s’en remettre à des experts étrangers qui disparaissent à la fin du projet. M. Flaherty indique que d’autres projets communautaires d’aquaculture dans des pays en développement ont connu ce problème. « Le goût pour cette activité se termine à la fin du projet, ajoute-t-il. Il faut que les gens y trouvent leur intérêt pour continuer. »

Avec cette idée en tête, l’équipe tente de trouver et de former des meneurs locaux qui aideront à lancer de nouveaux projets d’aquaculture.

Mais rien de tout cela ne fonctionnera si les Boliviens du reste du pays refusent de manger du poisson. Luis Badani, de la société bolivienne de consultants en marketing IMG, étudie le marché dans le pays et tente de comprendre pourquoi les gens consomment si peu de poisson et ce qui pourrait les faire changer d’avis. Il a découvert que les reproches le plus souvent adressés à cet aliment étaient les suivants : le poisson est cher, il sent mauvais et il a trop d’arêtes.

Avec son équipe, M. Badani tente de résoudre ces problèmes : améliorer la chaîne de distribution afin que le poisson arrive au marché dans un meilleur état de conservation, dans un choix plus varié et à des prix plus abordables, et concevoir une campagne médiatique permanente pour inciter les gens à essayer cet aliment. La paiche et le pacu ne représentent qu’une fraction du marché du poisson en Bolivie, aussi existe-t-il beaucoup de possibilités de croissance, ajoute-t-il.

M. Badani pense aussi que les pays voisins ouvrent d’importants marchés d’exportation pour la paiche et le pacu, mais il faudra plusieurs années pour que cette industrie bolivienne naissante se développe au point de répondre aux normes de qualité internationales. « La priorité pendant ces années est de répondre à la demande locale et de hausser raisonnablement la consommation au pays », fait-il observer.

Pour les enseignants : téléchargez le cahier d’exercices qui complète l’article
Faites connaître à vos élèves l’extraordinaire travail du Centre de recherches pour le développement international dans le monde. Chaque livret contient un exemplaire du blogue et diverses activités qui permettront à vos élèves de mieux saisir le rôle crucial que joue le Canada dans les pays en développement.

Cliquez ici pour télécharger le cahier d'exercices


Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

Depuis 1970, le Centre de recherches pour le développement international joue un rôle de premier plan dans le programme d’aide du Canada en investissant dans le savoir, l’innovation et les solutions propres à améliorer les vies et les moyens de subsistance dans le monde en développement. Plus à crdi.ca