Économies inclusives

Procurer des débouchés aux artisans


Comment le projet Artisan Hub aide les artisans traditionnels des pays en développement à établir des liens avec d’éventuels marchés lucratifs à l’étranger.


Par Niki Wilson le 20 décembre 2017

Une femme tisse du jamdani au Bangladesh. Cette méthode de tissage, que l’UNESCO a inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, est l’une des nombreuses formes d’artisanat qui figurent dans le site Web d’Artisan Hub. (Photo : Shutterstock)

Dans une petite hutte au toit de paille du district de Narayanganj, au Bangladesh, deux femmes sont assises devant un métier de bambou. Leurs mains vont et viennent à travers les délicats fils de chaîne pour confectionner un fin tissu de coton aux motifs éclatants. Elles pratiquent l’art ancien du tissage jamdani et consacrent jusqu’à six mois à une pièce. Une fois terminé, le tissu sera vendu sur le marché local à des gens fortunés, peut-être comme sari de mariage. Toutefois, malgré la qualité de leurs produits, les artisanes ont du mal à les écouler très au-delà des frontières du Bangladesh.

Lancé en 2016 par le Bureau de promotion du commerce Canada (TFO Canada), en collaboration avec le CRDI et avec l’appui financier d’Affaires mondiales Canada, le programme Artisan Hub vise précisément à éliminer les obstacles à l’exportation et à aider les artisans du textile de huit pays en développement — Bangladesh, Cambodge, Éthiopie, Haïti, Lesotho, Madagascar, Népal et Ouganda — à profiter des marchés d’outremer.

Selon l’évaluation d’accès au marché effectuée par Artisan Hub, le jamdani est doté de nombreuses qualités appréciées des consommateurs de différentes régions du monde. Il s’agit en effet d’un tissu écologique, perméable à l’air et attrayant pour un nombre croissant de personnes désireuses de soutenir l’artisanat des pays en développement, et surtout la production d’artisanes justement rétribuées. De plus, le jamdani est une véritable œuvre d’art, dont les motifs élaborés et les qualités reconnues lui ont valu d’être inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. « Cet art s’apprend sous la supervision individuelle d’un maître tisserand et l’apprentissage dure de deux à trois ans, déclare Rafat Alam, professeur adjoint d’économie à l’Université Grant MacEwan d’Edmonton et coauteur de l’évaluation. Ce qu’il manque, c’est un lien avec les acheteurs et les stylistes des marchés modernes. »   

Le jamdani est généralement conçu pour les vêtements traditionnels du Bangladesh et des pays à culture similaire. « Pour introduire ce produit dans le marché canadien, le secteur doit se diversifier », ajoute Rafat Alam. Cela implique de comprendre les goûts et les préférences des Occidentaux et de fabriquer des produits modernes qui leur plaisent.

Et ce n’est pas la seule difficulté. Selon ce professeur d’économie, les entreprises en question ont aussi un grand besoin de connaissances sur les façons d’exporter leurs produits et de les commercialiser sur les marchés étrangers, un aspect qui requiert formation et assistance technique.

Artisan Hub a pour but de s’attaquer à ces problèmes en donnant l’occasion aux producteurs de jamdani de rencontrer des stylistes occidentaux afin d’apprendre à créer des vêtements et du linge de maison de conception plus moderne. En août 2017, le programme a aidé 30 artisans de huit pays à assister au salon de la mode et des tissus de Toronto, l’Apparel Textile Sourcing Show, où ils ont exposé leurs produits et établi des liens avec des acheteurs et des stylistes.

En novembre 2017, les membres de l’équipe Artisan Hub de TFO Canada et du CRDI ont participé à la table ronde sur l’éthique de l’industrie du vêtement dans le monde, la World Ethical Apparel Round Table, qui se tenait à Toronto. Ils y ont rencontré des stylistes canadiens et leur ont montré les produits d’Artisan Hub. « Nous avons donné une présentation sur les artisans et les tissus traditionnels qu’ils confectionnent, et sur la manière dont cette activité contribue à l’autonomie des femmes et des jeunes », explique Mylène Bordeleau, agente de gestion de programme au CRDI.

Cette autonomisation revêt une grande importance dans le secteur, qui connaît actuellement un déclin de production dans les régions rurales. Selon Rafat Alam, cette baisse est attribuable au fait que moins de jeunes apprennent le métier. Si l’on n’agit pas pour la contrer, cette tendance menace une pratique culturelle de premier plan qui alimente un maillage communautaire très serré et un sentiment d’identité. Une juste rétribution, des normes d’éthique du travail et la pérennité grâce à la diversification des produits peuvent contribuer à la croissance d’un secteur d’activité dont dépend la subsistance de millions de gens.  

Les politiques commerciales qui donnent des pouvoirs aux producteurs de jamdani peuvent aussi faire partie de la solution. Mme Bordeleau espère que les projets comme Artisan Hub prouveront leur efficacité et que cette démonstration sera largement diffusée auprès d’autres organisations qui aident l’artisanat rural à trouver de nouveaux marchés. « Finalement, déclare-t‑elle, nous voulons que les politiques et les programmes deviennent plus favorables aux artisans qui produisent des textiles spéciaux. »   

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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