Technologie et Innovation

Réflexion sur l’intelligence artificielle dans le monde en développement


Matthew Smith, spécialiste de programme principal au Centre de recherches pour le développement international, s’entretient avec Sur les traces du changement à propos des possibilités de l’intelligence artificielle dans la transformation des sociétés et des difficultés rencontrées.


Affiché par Brian Banks le 15 octobre 2019

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L’intelligence artificielle (IA) est en train de transformer les sociétés dans le monde entier. Dans les pays en développement, les avantages potentiels de l’IA dans les domaines de l’économie locale, la santé, l’agriculture, l’éducation et autres suscitent optimisme et investissements. Mais les défis sont énormes. Sur les traces du changement a demandé à Matthew Smith, spécialiste de programme principal au Centre de recherches pour le développement international et auteur principal du livre blanc du CRDI publié en 2018 sous le titre de Intelligence artificielle et développement humain d’en esquisser les grandes lignes.  

Sur les traces du changement : Votre livre blanc présente le potentiel énorme de l’IA, mais souligne aussi que «  si nous continuons d’avancer aveuglément, on doit s’attendre à voir une augmentation des inégalités ainsi que des perturbations économiques, de l’agitation sociale… avec les personnes défavorisées et sous-représentées du point de vue technologique qui s’en sortent le moins bien. » Pourquoi présenter la situation ainsi ?

Matthew Smith: Il s’agit vraiment d’un appel à mieux comprendre ces systèmes et leurs interactions avec les droits de la personne. Et c’est aussi, fondamentalement, un appel à accroître la capacité des gens qui travaillent dans des contextes de pays en développement, les pays du Sud, afin qu’ils soient en mesure de concevoir et d’élaborer ces technologies eux-mêmes et de participer au dialogue mondial sur ces questions.   

STC : Vous affirmez que ces pays ont besoin de politiques et de structures de règlementation efficaces concernant l’IA afin de s’assurer que cette technologie profite à la population et respecte leurs droits et leur intimité. Où en sommes-nous actuellement ?

MS: Je ne crois pas que nous en soyons là. Il y a eu beaucoup de travail dans les pays occidentaux. Et de nombreuses agences des Nations Unies et des droits humains ont beaucoup réfléchi aux intersections entre l’IA et, disons, comment ces technologies peuvent influer sur les droits humains; comment on peut concevoir un système d’IA d’une façon éthique; ou quels sont les principes d’une conception éthique et responsable en matière d’IA ? Mais en ce qui concerne l’espace du développement, du point de vue de la recherche, je ne vois guère de progrès.

STC : L’automne dernier, le CRDI a contribué au financement d’un réseau de recherche sur l’IA en Afrique sub-saharienne. Est-ce le genre d’initiative dont on a besoin ?

MS: Oui, le travail est en cours. Il y a eu une rencontre à ce sujet en avril au Kenya. L’idée était de réunir tout le monde pour tenter d’imaginer à quoi ressemblerait un programme de recherche et d’innovation africain. Il y a eu également un appel de propositions d’innovations pour faire progresser le développement durable; on dévoilera les gagnants et les financements en août.   

STC : En quoi l’IA se distingue-t-elle des autres technologies ?

MS: Elle change notre façon de penser au sujet du travail, elle change notre façon de nous organiser. Elle peut le faire à grande échelle et de manière très peu coûteuse.

STC : Selon vous, dans quels domaines l’IA peut-elle avoir le plus d’avantages dans les pays en développement ?

MS: Cela dépend du niveau que l’on regarde. C’est probablement en agriculture qu’on en entend le plus parler. Mais si vous regardez les modèles de prédiction des changements de régimes climatiques ou des lieux susceptibles d’être inondés, il ne s’agit pas d’innovations locales. D’un point de vue local, un domaine qui m’interpelle particulièrement est l’éducation. J’ai assisté à un atelier où on réfléchissait à la formation des enseignants. Il existe une multitude de moyens d’aider en introduisant l’IA. Une idée consistait à créer un petit « assistant » en IA sur Messenger de Facebook, qui s’informerait périodiquement des progrès des enseignants dans divers modules de formation par un message tel que «  Alors, comment ça va ? Avez-vous besoin d’aide avec quelque chose ? »

STC : Est-ce facilement adaptable ?

MS: Ça fait partie d’un tout. Les Facebook du monde peuvent assembler ces choses, les proposer et réduire considérablement les obstacles au développement de l’IA et à l’élaboration de quelque chose de nouveau. Dans ce cas, les enseignants n’ont besoin que d’un téléphone cellulaire et de Messenger. Et quand cela commence à arriver, vous obtenez toutes sortes d’expériences intéressantes par des gens qui tentent simplement de résoudre un problème local.  

STC : La détection des maladies est un autre domaine souvent mis en évidence ?

MS: Dans les situations où il faut un certain niveau de compétences que l’on ne possède pas, par exemple dans les régions rurales et celles où il n’y a tout simplement pas assez de médecins, les systèmes d’IA sont très avancés pour faire des diagnostics. C’est un genre de problème de prédiction : « Quels sont vos symptômes et qu’est-ce que c’est à votre avis? » Si vous avez un système assez bon pour les travailleurs de la santé de première ligne et qu’ils sont munis d’un téléphone cellulaire, ils pourront établir des diagnostics de haut niveau.

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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