Technologie et Innovation

Des rejets miniers qui font merveille


Comment des scientifiques du Maroc espèrent transformer en briques des montagnes de rejets de mine de charbon, et ainsi redonner vie à la ville de Jerada.


Affiché par Brian Owens le 22 août 2018

Yassine Taha montre une brique fabriquée dans son laboratoire à l’aide des rejets de mine de charbon de la ville de Jerada, au Maroc. (Photo : CRDI)

La ville de Jerada, au nord-est du Maroc, doit son existence au charbon. Elle s’est développée autour d’une grande mine au début du siècle dernier. Mais quand celle-ci a fermé ses portes, il y a près de 20 ans, l’économie locale s’est effondrée et Jerada est restée avec des montagnes de déblais dominant le centre de la ville.  

« C’est une très vieille mine et il n’y avait alors aucune règlementation concernant la gestion des rejets, de sorte que les déblais ont été déposés au milieu de la ville », explique Mostafa Benzaazoua, professeur à l’Institut de recherche en mines et en environnement de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et ancien titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la gestion intégrée des rejets miniers. Quand il pleut, les rejets se lessivent et acidifient la nappe phréatique.

Le manque d’emplois et la pollution environnementale ont causé de l’agitation sociale dans la région. C’est pourquoi le Centre de recherches pour le développement international finance un projet visant à enlever les rejets et à les utiliser pour faire éclore de nouvelles industries. « La ville est très déprimée et les gens sont en colère, déclare Mostafa Benzaazoua, qui prend part aux travaux. Nous tentons de faire baisser la pression. »

Avec son collègue Yassine Taha, spécialiste des matériaux à l’Université polytechnique Mohammed VI de Marrakech, qui dirige le projet au Maroc, il espère y parvenir en utilisant les montagnes de rejets pour produire des briques, une façon d’enlever les déchets tout en créant des emplois. Yassine Taha a un lien personnel avec le projet, car son père a travaillé 20 ans dans la mine de charbon et est mort de silicose après avoir respiré les particules nocives pendant toutes ces années. « C’est une des raisons qui m’ont incité à entreprendre ce projet, explique-t‑il. Il a un aspect émotionnel pour moi. »  

Les deux chercheurs ont analysé la composition chimique des rejets miniers et découvert qu’ils contenaient les matériaux nécessaires à la fabrication de briques de haute qualité. Mais il y avait un problème : ces déchets comprenaient aussi une quantité considérable de résidus de charbon, susceptibles de nuire à la performance technique des briques. Ils ont donc commencé par traiter les déchets en vue de concentrer les résidus de charbon. Ce qu’il restait était parfait pour les briques. Ils ont vérifié si celles-ci pouvaient présenter un danger pour l’environnement ou un problème de conformité par rapport aux normes de construction, et n’ont rien trouvé de tel. « Nous avons été enchantés de ces résultats, dit Taha. Les matériaux sont comparables à l’argile des environs de Montréal dont on se sert pour fabriquer des briques. »

De plus, les résidus de charbon peuvent être utilisés pour produire de l’électricité. Et comme il s’agit d’anthracite, qui brûle de façon plus propre que les autres types de charbon, l’impact environnemental est relativement faible. 

Une montagne de rejets de mine de charbon dans la ville de Jerada. (Photo : Yassine Taha)

Selon les estimations de Taha, les quelque 25 millions de tonnes de matériaux provenant des montagnes de rejets de Jerada permettraient de fabriquer plus de quatre millions de briques. « Ce sont de très grandes réserves », selon lui; il ajoute que ce projet pourrait avoir de nombreux bienfaits pour la ville de Jerada et tout le nord-est du Maroc. La production de briques créera de l’emploi dans une région où le taux de chômage est un des plus élevés du pays. Le chercheur raconte que lorsque les gens ont vu son équipe à l’œuvre dans les déblais, beaucoup sont venus demander s’il n’y avait pas du travail pour eux. Les amoncèlements de rejets occupent aussi énormément de place au milieu de la ville, soit environ 10 à 20 hectares. Leur enlèvement libèrera du terrain pour de nouvelles constructions. À l’heure actuelle, on utilise de l’argile en provenance de zones rurales pour fabriquer des briques. En se servant des déchets miniers, on protègera du même coup les terres agricoles, explique Taha.

Pour l’instant, les deux scientifiques ont réussi à produire des briques dans le cadre d’un projet pilote, mais ils souhaitent maintenant aller plus loin et mettre sur pied une production à grande échelle qui emploierait de 100 à 200 personnes. Pour ce faire, ils devront obtenir du gouvernement des permis d’exploitation des rejets miniers, ce qui pose problème puisque de telles licences n’existent pas. Pas encore, du moins, mais les deux responsables du projet travaillent avec les autorités en vue d’élaborer les lois nécessaires pour permettre ce type de production.

Selon Benzaazoua, le plus ardu est de trouver des investisseurs pour financer le projet. Taha indique qu’ils ont un investisseur potentiel et qu’ils espèrent en attirer d’autres. Mais certains des problèmes auxquels ils désirent s’attaquer risquent justement d’en décourager plusieurs. « L’agitation sociale rend les choses très difficiles pour eux, affirme-t‑il. Ils ne veulent pas toujours mettre leur argent dans des régions où les gens sont mécontents. »  

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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