Agriculture et environnement

Renforcer la résilience face à la pénurie d’eau au Panama


Trouver de meilleurs moyens de gérer cette précieuse ressource dans le contexte des changements climatiques.


Affiché par Niki Wilson, le 18 juin 2019

Diana Gutiérrez (tout à fait à droite) prend les mesures d’un cours d’eau dans le cadre d’une journée de surveillance communautaire des eaux à El Guayabal, au Panama. (Photo : CATHALAC)

Ayant grandi dans la région aride du bassin du fleuve La Villa au Panama, Diana Gutiérrez a vu, certaines années, la récolte et le bétail de sa famille périr en raison du manque d’eau. Connue sous le nom d’Arc de sècheresse, cette zone fait partie du couloir sec qui s’étire dans des secteurs du Costa Rica, du Salvador, du Honduras, du Guatemala et du Mexique.

Dans ce centre agricole irrigué du Panama, les pénuries d’eau entraînent non seulement une baisse de la production des cultures et de l’élevage, mais aussi une hausse de la pollution et de la contamination des eaux parce que les produits chimiques et les microbes s’accumulent dans les eaux stagnantes ou calmes des cours d’eau. Les maladies bactériennes augmentent également, en raison du manque d’eau pour le nettoyage de l’équipement et l’hygiène corporelle. C’est pour cela que Diana Gutiérrez, qui a maintenant 24 ans, a décidé d’étudier la biologie à l’université. « Je voulais acquérir les connaissances pour être en mesure d’améliorer la situation », déclare-t-elle.

Diana Gutiérrez a participé à un programme de leadership pour les jeunes organisé par le Centro del Agua del Trópico Húmedo para América Latina y el Caribe (CATHALAC), une organisation de la ville de Panama qui vise la promotion du développement durable des ressources en eau et de l’environnement. Dans ce cadre, elle a visité des collectivités du bassin pour sensibiliser la population aux problèmes liés à l’eau et aux moyens de les limiter. C’est un travail fondamental. Dans l’Arc de sècheresse, les pluies sont irrégulières dans le meilleur des cas et, dans les années où sévit El Niño, elles peuvent chuter de 30 à 40 %. Ces périodes sèches s’accompagnent souvent de longues canicules qui déciment les cultures de subsistance comme le maïs et le riz. La sècheresse de 2015 a été si grave que le gouvernement panaméen a déclaré l’état d’urgence. Les pertes subséquentes de récolte en 2015 et 2016 ont grevé l’économie du pays, avec des pertes évaluées à 72 millions de dollars américains.

De plus, la zone se révèle particulièrement sensible aux changements climatiques. Les canicules sont plus longues et plus difficiles à prévoir, tandis que les tempêtes tropicales augmentent en intensité et en fréquence pendant la saison des pluies, avec des effets tout aussi dévastateurs.

Malgré cela, Tania Campos, chimiste et spécialiste de l’environnement à CATHALAC, est d’avis que le problème réside non pas dans la quantité d’eau disponible dans le bassin de La Villa, mais dans sa gestion. La chercheure participe à un projet financé par le CRDI et le ministère de l’Environnement du Panama qui vise à améliorer l’usage et la distribution de l’eau à mesure que le climat change. Selon elle, la mauvaise gestion a favorisé les pénuries extrêmes dans certaines régions et la pollution et la mauvaise qualité de l’eau dans d’autres. « Ces problèmes sont exacerbés par l’absence de coordination entre les institutions, qui ont des plans d’action souvent redondants, et par le manque de surveillance et d’évaluation », ajoute-t-elle.

Pour s’attaquer à ces problèmes, le CATHALAC contribue à l’élaboration de plans d’action municipaux qui aideront plusieurs collectivités du bassin, comme les villes de Chitre et de La Villa de los Santos, à mieux gérer leurs ressources hydriques. Le travail a notamment consisté à collecter des données pour avoir des plans fondés sur des données probantes. Par exemple, Tania Campos et ses collègues ont tenté d’estimer le bilan hydrique du bassin, c’est-à-dire les quantités d’eau qui y entrent et qui en sortent, de trouver de nouveaux réservoirs souterrains et d’étudier des plans de reforestation afin de contrer les pénuries d’eau.

La durabilité de ces plans d’action repose sur des personnes comme Diana  Gutiérrez, qui, selon Tania Campos, consolide les efforts du CATHALAC, soit en renseignant les gens sur la contamination microbienne ou en participant à des projets de surveillance de la qualité de l’eau du CATHALAC. Durant ces travaux, Diana Gutiérrez et ses collègues ont acquis des habiletés précieuses pour de futures recherches, comme d’utiliser un drone pour cartographier les ressources en eau du bassin. « Ces jeunes chefs de file peuvent maintenant s’intégrer aux principales institutions et aux organisations communautaires qui s’intéressent  à la conservation et à la gestion des ressources hydriques dans le bassin de La Villa », explique Tania Campos

Et Diana Gutiérrez ne fait que commencer. Alors qu’émergent de nouveaux programmes et de nouvelles politiques de l’environnement pour améliorer le dialogue entre les collectivités et le gouvernement sur les questions de l’eau, elle fait remarquer qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire. «  Il faut construire des systèmes de stockage d’eau efficaces, explique-t-elle. Et élaborer des politiques d’État sur la conservation de l’eau qui atteignent les collectivités. » Elle aimerait également que le Panama adopte une culture de conservation de l’eau et croit à l’éducation pour y parvenir. « Il faut sensibiliser les jeunes à l’environnement dès le plus jeune âge. En tant que société, il faut apprendre à nos enfants à préserver nos ressources. » 

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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