Technologie et Innovation

Un cyber-gardien Canadien pour protéger l'Internet


Ron Deibert, directeur du Citizen Lab de l’Université de Toronto, explique l’importance de son réseau de gardiens du cyberespace


Affiché par Niki Wilson le 16 décembre 2016

Ron Deibert, directeur du Citizen Lab de l’Université de Toronto, qui administre le Cyber Stewards Network. Ce réseau d’intendance cybernétique a pour but de combattre les menaces numériques en Afrique, en Amérique latine et dans les pays en développement d’Asie et du Moyen-Orient. (Photo : Riley Stewart/Munk School of Global Affairs)

Si vous demandez à Ron Deibert quoi penser du cyberespace, il ne répondra pas par une formule incompréhensible sur l’architecture des réseaux. Pour ce directeur du Citizen Lab de l’Université de Toronto, le chien de garde à l’affût de l’exercice du pouvoir politique dans la sphère numérique, c’est beaucoup plus simple : « Nous devons le considérer comme notre espace commun mondial, explique-t-il. Un peu comme l’environnement que nous devons protéger tous ensemble. »

Auteur du livre Black Code: Inside the Battle for Cyberspace, dont une adaptation sur écran a été présentée en première au Festival international du film de Toronto en 2016, Ron Deibert connaît fort bien l’intendance et la protection informatiques, surtout dans les régions où l’utilisation d’Internet est en hausse. Il présente ici le Cyber Stewards Network mis en place par son laboratoire : un projet de partenariat avec des groupes du Sud — Afrique, Amérique latine, pays en développement d’Asie et du Moyen-Orient— visant à mettre au jour les menaces informatiques émergentes.

Questions de cyber-sécurité dans dans les pays du Sud
Les questions les plus intéressantes en matière de sécurité informatique proviennent des pays du Sud. Ces pays abritent la majeure partie de la population mondiale, et le nombre des utilisateurs d’Internet y monte en flèche. En Indonésie uniquement, on dénombre quelque 800 000 nouveaux utilisateurs par mois.

La majeure partie de la croissance survient dans des États qui sont défaillants, qui émergent de l’autoritarisme ou qui y glissent au contraire. Il s’agit, dans la plupart des cas, de cultures conservatrices qui ont des normes différentes concernant l’accès à l’information et la liberté de parole. Nombreux sont les États qui connaissent des insurrections, des conflits armés et du terrorisme. Ces pays sont la cible d’un énorme marché de produits et services qui permettent aux gouvernements de s’engager dans la surveillance de masse, le suivi des téléphones cellulaires et la surveillance des médias sociaux. Voilà pourquoi il faut se montrer attentif à ce qui se passe dans ce secteur.

La formation du Cyber Stewards Network
L’avènement d’Internet a apporté l’une des plus profondes transformations des communications de l’histoire humaine. Il faut des gens du monde entier qui travaillent localement mais qui ont une vision globale sur la façon de protéger le cyberespace; c’est pourquoi le Citizen Lab a fondé, en collaboration avec le Centre de recherches pour le développement international du Canada, un réseau qui combine des activités de recherche et de promotion. Beaucoup de groupes adhérents veulent aller plus loin que la simple recherche : ils veulent faire des pressions pour obtenir un changement. Nous les y aidons grâce à nos études et ils se chargent de défendre leur cause.

Voici un extrait du documentaire, Black Code, inspiré du livre de Ron Deibert portant le même nom. Le film a été présenté en primeur mondiale au Festival International du Film de Toronto en septembre et sa sortie au Canada est prévue pour le début de l’année 2017.

La façon dont le réseau a aidé les Tibétains en exil
Un de nos partenariats les plus fructueux a été avec des Tibétains en exil à Dharamsala, en Inde. Cibles de cyberattaques hautement sophistiquées de la part du gouvernement chinois, ces exilés sont comme des canaris dans une mine de charbon : ils sont souvent les premiers du monde à subir une nouvelle forme de menace.

Les groupes avec lesquels nous oeuvrons échangent les logiciels ou les pièces jointes nuisibles qu’ils reçoivent. Ils nous permettent aussi de mieux connaître leurs collectivités, la façon dont elles réagissent à ces attaques et les dommages causés par le cyberespionnage afin que nous puissions orienter nos recherches. Ils mettent ensuite au point des moyens de se défendre contre ces menaces. Ils ont lancé par exemple une campagne intitulée Detach from Attachment, jeu de mots faisant allusion à la philosophie bouddhiste, pour apprendre aux utilisateurs à ne pas cliquer sur les pièces jointes, qui constituent la principale voie des attaques. Ils ont aussi un projet appelé Be a Cyber Superhero, qui utilise le fruit de notre recherche collaborative pour enseigner aux utilisateurs comment se protéger.

Ce qui arrive quand la communauté mondiale ne se préoccupe pas de la sécurité du cyberespace
Il existe malheureusement une épidémie silencieuse dans la société civile. Les activistes, les journalistes et les organisations non gouvernementales sont surveillés par des technologies de pointe, contre lesquelles ils restent démunis. Contrairement aux gouvernements et aux grosses entreprises, ils n’ont pas les moyens d’engager des spécialistes en sécurité informatique ou des sociétés pour examiner leurs réseaux. Parfois, ils ont peine à payer quelqu’un pour brancher l’imprimante, à plus forte raison un spécialiste pour contrer l’espionnage informatique chinois.

Que ce soit au Nigeria, en Amérique latine ou au Moyen-Orient, des gouvernements imposent des restrictions draconiennes, comme des programmes de surveillance de masse, et font obstacle au travail des journalistes sous le prétexte de la sécurité informatique. La sécurité du cyberespace ne se limite pas à des solutions technologiques. Aussi précieuses soient-elles, ces dernières ne peuvent résoudre les problèmes complètement, car elles sont en constant changement. Il faut aussi prendre en considération les problèmes découlant des comportements des gouvernements et du secteur privé, lesquels nécessitent des changements de politiques et des lois commerciales. Si on n’y met pas un terme, ces restrictions et ces activités de surveillance finiront par créer une crise de la démocratie.

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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