Agriculture et environnement

Sauvez le bétail pour améliorer la vie des populations


Comment un vaccin élaboré en Afrique pourrait permettre de combattre en même temps plusieurs maladies mortelles pour le bétail.


Affiché par Alanna Mitchell le 26 mars 2019

Les moutons comptent parmi les milliers d’animaux touchés dans le monde par la peste des petits ruminants et la fièvre de la vallée du Rift, deux maladies qu’un seul vaccin en développement au Maroc pourrait combattre. (Photo: CRDI)

Les premiers symptômes à se faire sentir sont la fièvre puis le nez et les yeux qui coulent, comme une infection des sinus persistante. La langue se met ensuite à enfler et de douloureuses lésions empêchent l’animal de manger. Les yeux rougissent. La pneumonie s’installe et la diarrhée vient aggraver les maux. Dans neuf cas sur dix, la chèvre ou le mouton infecté meurt. Pendant les éclosions de cette maladie, les cadavres d’animaux jonchent les champs.

Le nom commun de la maladie est peste ovine pour les mouton ou peste caprine pour les chèvres. L’Organisation mondiale de la santé animale, située à Paris, l’appelle la PPR pour peste des petits ruminants et la juge si grave qu’elle a rendu obligatoire la déclaration des éclosions aux autorités sanitaires. La PPR se propage comme une trainée de poudre, passant d’animal en animal et de pays en pays avec le commerce illégal et les déplacements des troupeaux. La maladie ne s’attaque pas aux humains.

De façon alarmante, la PPR a commencé à se répandre dans de nouveaux pays plus rapidement ces dernières années. Depuis le premier cas d’Afrique de l’Ouest recensé en Côte-d’Ivoire en 1942, le virus sévit maintenant dans plus de 70 pays. Depuis  2007 seulement, il a atteint 14 nouveaux pays, dont la Géorgie en Europe de l’Est, il y a trois ans. Depuis son apparition discrète il y a presque huit décennies, il infecte maintenant chaque année environ 30 millions de bêtes. Dans le monde, on s’attend à ce que la demande de bétail double parmi les paysans à faible revenu, au cours des 15 prochaines années. La PPR risque donc de faire encore plus de victimes.

C’est un grave problème. Pour beaucoup des 300 millions de familles à faible revenu d’Afrique, d’Asie et du Proche-Orient, les moutons et les chèvres permettent d’éviter la famine. En plus de la viande et du lait, ces animaux procurent de la laine, des peaux et du fumier pour engraisser les cultures.

Ces animaux représentent souvent le dernier rempart de sécurité avant la catastrophe. Quand le bétail tombe malade et meurt, les éleveurs – souvent des femmes dans des économies rurales fondées sur l’élevage – sont forcés de migrer dans d’autres villages ou d’autres pays pour trouver de la nourriture. Quand les moutons et les chèvres sont en bonne santé, les familles peuvent demeurer sur leurs terres et dans leur milieu culturel. Et quand les gens peuvent rester chez eux, les enfants ont plus de chances de fréquenter l’école.    

Le vaccin est un moyen simple de conserver le bétail en bonne santé. Une seule dose suffit à protéger une bête de la PPR durant toute sa vie. En 2015, l’Organisation mondiale de la santé animale et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture ont lancé une campagne visant à éradiquer la PPR d’ici à 2030. Cette campagne fait suite aux efforts déployés pendant plusieurs décennies pour éliminer la peste bovine, qui était la principale cause de décès chez les bovins, les yaks et les bisons domestiqués. Cette maladie a été déclarée officiellement éradiquée dans le monde en 2011. 

Dans le cadre de ces efforts mondiaux, le CRDI finance la modification d’un vaccin contre la PPR qui est déjà sur le marché, explique Victor Mbao, spécialiste principal de projet au CRDI à Nairobi. La société pharmaceutique vétérinaire installée au Maroc M.C.I. Santé Animale a déjà élaboré un vaccin contre la PPR ainsi que contre la variole ovine et caprine. On utilise ces vaccins au Chad et dans d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest, indique Baptiste Dungu, qui était chef du développement stratégique de M.C.I lorsque les modifications du vaccin s’effectuaient. M.Dungu est maintenant administrateur général à Onderstepoort Biological Products SOC Ltd., un autre producteur de vaccins, en Afrique du Sud.

L’innovation de M.C.I. réside dans la reformulation du vaccin en vue de le rendre également efficace contre la fièvre de la vallée du Rift. Cette maladie frappe par vagues, environ tous les sept ans, et infecte les animaux comme les humains. Chez ces derniers, elle se contracte par des tissus infectés et les piqûres de moustique. Une éclosion de la maladie en 2006 et 2007 a tué 118 personnes. Comme elle sévit rarement, les paysans ne pensent pas à s’en prémunir par une vaccination de routine, explique Baptiste Dungu : «  Les efforts d’éradication de la PPR à l’échelle mondiale donnent l’occasion de sensibiliser les paysans aux vaccins et à la lutte contre d’autres maladies. »

Pour les partenaires de M.C.I. au Centre national des maladies animales exotiques de l’Agence canadienne d’inspection des animaux à Winnipeg, la prochaine étape consiste à participer à la mise à l’essai du vaccin combiné. Après cela, tout sera prêt pour les essais sur le terrain.

Selon Baptiste Dungu, les coûts de vaccination des animaux dans la plupart des pays dépendent moins du produit lui-même que des dépenses liées à la mobilisation des gens et des véhicules pour apporter le vaccin où on en a besoin. Le fait de rendre un vaccin unidose efficace contre plusieurs maladies est donc très pratique, ajoute-t-il. « Cela sera plus facile de lutter contre plusieurs maladies à la fois. C’est un gros avantage pour les paysans mais aussi pour les pays. »  

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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