Économies inclusives

Solutionner les problèmes du système d’autobus urbain au Salvador


Un trajet en autobus dans ce pays d’Amérique centrale est une expérience périlleuse et parfois même mortelle. Heureusement, un groupe de chercheurs locaux exploitent ses nouvelles capacités de recherche de pointe sur le terrain pour transformer un système de transport public qui dessert des millions de gens.


Par Alanna Mitchell le 19 juillet 2017

Des chercheurs du Salvador étudient les moyens d’améliorer le système d’autobus urbain de leur pays reconnu pour son insécurité. (Photo : Óscar Gómez, directeur des communications (FUSADES)

Dans les autobus urbains publics du Salvador, on peut s’attendre à trouver photos de femmes court vêtues, musique sexuellement explicite, lumière disco, sièges manquants, nombreuses haltes non prévues et aucune sonnette pour signaler les arrêts programmés.

Les abribus sont le plus souvent mal éclairés, couverts de graffitis, jonchés de déchets et pleins à craquer de gens que viennent harceler les mendiants et les colporteurs.

Avec tout cela, prendre le bus au Salvador est une expérience plutôt déplaisante et parfois même dangereuse. Un cinquième des vols et des autres crimes perpétrés au pays le sont dans les bus, tandis que près de la moitié des crimes à l’arme blanche ou à l’arme à feu se produisent aux arrêts d’autobus. Au cours des cinq années se terminant en 2013, on compte 715 meurtres dans les autobus urbains.

Mais que faire quand on doit emprunter le bus pour aller travailler ? Ou quand une stratégie nationale encourage l’emploi de femmes, alors qu’elles forment le groupe de passagers le plus vulnérable. Le groupe de recherche en politique publique  FUSADES (Fondation pour l’économie et développement social du Salvador) a décidé de s’attaquer au problème.

Cela implique de former des groupes de discussion composés d’usagers, de conducteurs, de propriétaires de bus et de la police et de prendre le temps d’étudier ce qui arrive quand un passager arrive à l’arrêt de bus, y monte et effectue le trajet.

C’est ici qu’intervient le Centre de recherches pour le développement international. De concert avec cinq autres donateurs, le CRDI a lancé en 2008 un programme visant à aider des instituts de recherche du monde entier à accroître leurs capacités à produire des études de pointe. Un des objectifs de ce programme est de renforcer la recherche fondée sur des faits, mais aussi de donner aux chercheurs les compétences pour effectuer des études dignes d’êtres publiées dans des revue à comité de lecture. Pour parvenir à ses fins, le programme garantit un financement pendant une décennie. Connu sous le nom d’Initiative Think Tank, ce programme doté d’un budget de 200 millions de dollars appuie 43 instituts de recherche, dont le FUSADES, dans 20 pays. 

Basé en Uruguay, Antonio Romero est agent de programme principal de l’Initiative Think Tank, que gère le CRDI au nom des donateurs. Selon lui, le FUSADES a amélioré ses capacités de recherche de façon spectaculaire. Cet institut a adopté avec enthousiasme les nouvelles idées et méthodes de recherche et incité son personnel à participer à des rencontres internationales tout en prenant le temps de se réorganiser de manière à prioriser davantage la recherche.

Ainsi, quand est venu le temps d’analyser les problèmes du système de bus au Salvador, FUSADES était prêt. Épaulée par deux criminologues de renom international, Mangai Natarajan du Collège de justice pénale John Jay de l’Université City de New York et Ronald Clarke de l’École de justice pénale Rutgers du New Jersey, l’équipe a conçu une étude qui pourrait prétendre à une publication dans une revue à comité de lecture.

Margarita Beneke de Sanfeliú, directrice du centre de recherche et de statistique de FUSADES explique que, selon la perception du public, ce sont les membres des bandes de rue qui sont responsables des crimes commis dans les autobus. À cause de la guerre civile qui a sévi de 1980 à 1992 et de la déportations des États-Unis vers le Salvador de milliers de criminels appartenant à des bandes dans les années 1990, le Salvador fait partie des pays du monde affichant les taux de meurtres les plus élevés.

Mais il s’est révélé que les gangs et les voleurs ne constituaient pas le principal problème. L’équipe a découvert que toutes les femmes interrogées, sans exception et quel que soit leur âge, avait fait l’objet d’une forme ou une autre de harcèlement sexuel dans le bus. « C’était extrêmement choquant pour nous tous », déclare Beneke de Sanfeliú.

Un des éléments déterminants est l’atmosphère créée dans le bus par les conducteurs qui font jouer à tue-tête de la musique disco et affichent des images de femmes très osées. Ils considèrent le harcèlement des femmes comme une chose normale.

Quand les chercheurs se sont penchés sur les règlements qui pourraient améliorer la situation, ils se sont rendu compte que les règles existaient déjà mais qu’elles n’étaient tout simplement pas appliquées.

L’équipe de FUSADES a publié son étude dans la revue Crime Science et présenté ses résultats au ministre du Travail du Salvador ainsi qu’à un groupe de dirigeantes du secteur privé, explique Beneke de Sanfeliú. Déjà, on a réaménagé les panneaux signalant les arrêts afin qu’ils offrent une vue dégagée plutôt que de cacher d’éventuels assaillants comme c’était le cas auparavant.

Mais selon Beneke de Sanfeliú, il faut faire beaucoup plus que de reconcevoir les panneaux. «  Cela va prendre du temps, mais nous devons changer les normes culturelles. »

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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