Agriculture et environnement

Un vent de fraîcheur


Les villes de l’Asie du Sud sont étouffantes et ce sont les habitants les plus pauvres qui supportent le plus important stress thermique. Mais des chercheurs trouvent le moyen de les aider à s’adapter.


Affiché par Brian Banks le 17 octobre 2018

Une femme du bidonville Mahavir Nagar de Bhubaneswar se lave le visage à l’eau froide pour se rafraîchir après être sortie de chez elle un jour où la température a atteint 42,5 °C, ce qui a provoqué une alerte à la chaleur dans la ville indienne. (Photo : Rohit Magotra / IRADe)

Nous sentons les eff ets des changements climatiques, mais dans les pays développés, lorsqu’on parle de canicule, on se dit souvent « Ah, c’est l’été ! ». Vous faites de l’insomnie ? Il suffi t d’allumer la climatisation !

Mais pour les dizaines de millions d’habitants pauvres des grandes villes de l’Asie du Sud, c’est une tout autre histoire, accablante et de plus en plus dangereuse. Non seulement beaucoup de ces gens travaillent-ils dehors sous la chaleur intense pendant le jour, mais ils s’entassent le soir dans de petites cabanes au toit de tôle, de ciment ou de pierre sans air conditionné. Pendant des mois d’affi lée, la température nocturne de ces maisons ne descend pas sous les 30 °C et s’élève encore davantage pendant les vagues de chaleur. Si l’on ne fait rien, on s’attend à ce que ces conditions empirent et que se multiplient les catastrophes, comme la canicule qui a causé la mort de plus de 2400 personnes en Inde en 2015.

« Si l’on ne peut bien dormir, on est peu productif le lendemain, et si la situation se prolonge trop longtemps, cela risque d’aff ecter la santé », explique Christian Siderius, un spécialiste de l’adaptation climatique et de la gestion des ressources hydriques au centre de recherche environnementale Wageningen des Pays-Bas.

Depuis 2014, Christian Siderius est l’un des principaux chercheurs d’un projet à plusieurs volets financé par le Centre de recherches pour le développement international et le ministère du Développement international du Royaume- Uni, qui concerne les eff ets des changements climatiques sur l’eau, les ressources et la société dans la région Hindou-Kouch de l’Himalaya, ainsi que dans les villes des grandes vallées situées en aval. Avec une équipe de collègues du Pakistan, de l’Inde et du Bangladesh, il a étudié plus particulièrement le stress thermique urbain à l’échelle des maisons, des quartiers et des villes dans le but de trouver des moyens d’aider les populations vulnérables à s’adapter et à gérer les risques.

Dans une certaine mesure, on connaît beaucoup de choses sur le sujet, dit M. Siderius. On sait, par exemple, qu’on peut réduire la chaleur en plantant des arbres qui créent de l’ombre et en peignant les murs en blanc. « Mais ce que nous avons découvert, c’est qu’il existait très peu de données en Asie du Sud sur les foyers pauvres, a-t-il expliqué. On savait que certaines mesures pouvaient aider, mais nous voulions être capables de dire précisément ce qui pourrait permettre d’abaisser le stress thermique dans les maisons de cinq degrés, par exemple. »

Qu’elles viennent du secteur privé, du gouvernement ou des ONG, les solutions doivent être très peu coûteuses pour être viables.

Pour parvenir à des réponses, il fallait des données. Et pour les obtenir, les chercheurs ont équipé leur auto de capteurs de chaleur et d’humidité et se sont rendus, toutes les deux semaines, dans trois villes, Delhi en Inde, Dacca au Bangladesh et Faisalabad au Pakistan, afin d’enregistrer les conditions dans divers quartiers. Dans plusieurs quartiers à faible revenu de chaque ville, ils ont aussi installé des enregistreurs de température qui prenaient une lecture toutes les 10 minutes dans les chambres à coucher non climatisées de 200 foyers.

Reportés sur des cartes, ces résultats mettent en lumière une situation complexe, qui diffère considérablement des statistiques météorologiques des gouvernements, lesquelles ne fournissent qu’une température unique pour toute une zone urbaine comme Delhi. D’après les données recueillies par les chercheurs en 2016, par exemple, les températures moyennes à l’intérieur des maisons étaient supérieures aux chiffres officiels de quatre degrés, soit de 30 °C au lieu de 26 °C.

Les différences entre les quartiers étaient également impressionnantes. « Nous avons commencé notre sondage dans des zones ombragées (et plus aisées), puis avons continué dans l’est de Delhi, où se trouvent les quartiers plus densément peuplés et plus pauvres, explique Christian Siderius. Pendant les canicules, nous avons constaté que les quartiers ombragés étaient moins chauds de six degrés. Bien entendu, il peut se révéler difficile de reboiser toute la ville de Delhi, mais ces données indiquent que des mesures comme le maintien d’espaces verts et de zones ombragées peuvent réellement contribuer à abaisser la température. »

À l’intérieur des maisons, ce sont surtout les matériaux de construction et la ventilation qui constituent les principaux facteurs. Dans les pires cas, soit les maisons où les chercheurs ont enregistré des températures nocturnes moyennes s’élevant à 36 °C pendant les canicules, il s’agissait de constructions avec un toit de métal, sans ventilation et non équipées de refroidisseur à évaporation. Selon Christian Siderius, il suffit d’ajouter une ventilation transversale pour obtenir une baisse de deux degrés en moyenne. « Si vous avez une ventilation opposée grâce, par exemple, à une porte et une fenêtre ouvertes, vous obtiendrez une baisse de deux degrés supplémentaires. Ajoutez un refroidisseur à évaporation et vous descendez sous les 30 degrés. »

En 2017, le groupe de Siderius a commencé à travailler avec une ONG locale, le Mahilia Housing Trust, pour évaluer l’efficacité des toits modulaires préfabriqués faits avec des matériaux non conducteurs qui sont à la fois bon marché, à l’épreuve de l’eau et facilement démontables. Si les résultats se révèlent positifs, ces toits figureront parmi les recommandations finales du projet à l’intention des administrations locales et régionales.

Kallur Murali, un agent de projet du CRDI à Delhi, indique que d’autres recommandations concerneront l’installation de plus de fontaines publiques et la révision des politiques d’accès public afin que les personnes travaillant à l’extérieur puissent plus facilement s’abriter dans des parcs ou d’autres zones ombragées.

Au bout du compte, souligne Christian Siderius, « aucune mesure ne peut à elle seule rendre vivable une ville comme Delhi. Il faut penser aux quartiers, il faut penser aux matériaux de construction et il faut tenir compte des connaissances qu’ont les gens sur les moyens de faire face à la situation. »

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Ce billet fait partie d’une série d’articles qui porte sur des projets soutenus par le Centre de recherches pour le développement international et qui est présentée en partenariat avec Canadian Geographic. Un blogue par mois sera diffusé sur le site idrc.canadiangeographic.ca.

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